mercredi 31 décembre 2008

Colis piégé

Je ne suis pas un professionnel de la syntaxe, mais il m'arrive de sourire aux diverses formulations de nos cellules-titres et dépêchistes. Elles ne manquent pas de sel.


Avis à la population
Selon les Echos, un grand complot est en préparation. La sécurité nationale demande à ce qu'on éloigne les enfants et personnes âgées des téléphones portables :

Technologies de l'information - Colis piégé

"Les SMS envoyés en France devraient exploser le 1er janvier."

Le scoop dans les Echos ici

Les franc-tireurs


Après les somme toute sympathiques slovènes, l'impétueux Nicolas Sarkozy tint à son tour les brides de ce cheval groggy qu'est l'Union Européenne à la grande stupéfaction des européens qui se sont amusés ou pas des manières de garçon vacher (je ne dirais pas chevaleresque) de notre homme providentiel. The economist dresse un bilan de la présidence de "l'hyperprésident" que je vous invite à découvrir (ici). Mais que les chroniqueurs ne rangent pas de suite leur bic fulminant d'indignation, car c'est un tout autre animal qui compte secouer le baudet : Vaclav Klaus. Je nous promets une année 2009 pleine de rigolade, notre homme fort est un farouche contradicteur du réchauffement climatique qui a pourtant été démontré par le théorème de Gore (Al Gore) et surtout, n'hésite pas à nous mettre en garde contre... l'europeanism" (à lire ici de toute urgence). 2009 a déjà son héros. Le nouveau Soljénitsyne?

lundi 29 décembre 2008

Faites entrer Accusaman

Il y avait l'homme-accompagnateur, AccompagnaMan, qui a ses quartiers dans ces colonnes, notre époque a enfanté d'Accusaman, l'homme blanc sur qui tombe tous les sanglots des familles des victimes, qui ici peut trouver refuge.

Uruffe, son Eglise, ses paysages, son curé

Cette année sera marquée par la découverte de l'émission de service public, "Faites entrer l'accusé". Elle a enrichi ma culture de tous les faits divers sordides qui travaillent les entrailles de notre pays dont tous les repentirs ne sauront laver le sang impur qui abreuve nos sillons. Ainsi, par exemple, tout à fait exalté des crimes atroces perpétrés par la France profonde et forcément moisie, j'ai découvert frénétique par le biais d'une page wikipédia dédiée aux affaires criminelles, l'affaire du curé d'Uruffe, petit village de Lorraine, qui a enfiévré mon imagination. J'ai appris par la même occasion que l'histoire de curé séducteur et criminel rongé par le bien et le mal a fait l'objet d'une adaptation romanesque de Jean-François Colosimo, un homme méconnu et plein d'esprit, sur lequel je tente de faire main basse. Mais il est vrai que l'œuvre de Colosimo ne court pas les rues, je reste donc larvé de mon imagination qui me livre péniblement quelques bribes de ce que le grand Bernanos eût fait de cette histoire inouïe. Je me permets aussi de faire le rapprochement acrobatique quelque peu entre la lecture d'un excellent texte du stalker sur la figure du démon chez quelques intellectuels et un épisode du magazine d'investigation qui retraçait les violences d'un pauvre homme, assassin évident et mutique de femmes imprudentes. L'homme, un alsacien (il se passe beaucoup de chose d'affreux dans ce coin maudit) n'avouait pas ses crimes au grand désarroi des familles des victimes qui exprimaient devant les caméras de télévision la tristesse, la colère et leur impuissance à ce que le bourreau ni ne reconnaissait ni ne regrettait. Je surfais alors sur les phrases éclairantes du Stalker, ... l’hermétisme infernal, le silence ou plutôt, le mutisme démoniaque ne sont jamais totalement ni définitivement coupés de tout rapport avec le Bien, la possibilité d’une rédemption... aux yeux des victimes, le mutisme du bourreau achevait d'en faire un démon.

dimanche 28 décembre 2008

Le chagrin du lecteur

Le lecteur est un personnage patient mais il peut lui arriver d'éprouver de la tristesse à cause du travail mal accompli. L'année 2008 se termine contrairement au docteur Jivago, à la chartreuse de Parme ou à l'homme sans qualité, dont les lectures ont été interrompues. Des histoires dont il faut recommencer la lecture.

samedi 27 décembre 2008

Gloire à l'échelle du Blogos

Chers amis, chers passants, je suis un bloggeur honoré et couvert de gloire. Par un commentaire innocent prononcé dans la taule la plus courue de France et de Navarre, j'ai eu l'attention du taulier.
Qu'il en soit remercié!

Joyeux noël, monsieur Assouline.

Il est de plus en plus courant que l’on qualifie un auteur à son engagement. Cela m’inquiète, car cela signifie qu’on s’intéresse moins à l’œuvre littéraire, protéiforme et insaisissable qu’au positionnement politique de circonstances.
“Auteur, dramaturge, mais surtout artiste engagé et militant” est une nécrologie commode.
Désormais, on ne se penche sur une œuvre que si l’engagement est validé. Où est donc la subversion?

“Trahisons” est une très belle pièce.

Ps: On reconnaît l'inspiration, la tentative de faire du Marcel Meyer, celui-ci plus connu comme l'"excellent Marcel Meyer" (que je m'imagine avec une moustache claire, probablement alsacien mais toujours pertinent, pugnace et généreux)

J'ai assisté il y a quelques mois à une représentation de Trahisons. J'avais été impressionné par la possibilité de faire d'un vaudeville a priori banal une œuvre qui transpirait toute l'évidence d'un Classique.

Chers amis, chers passants, c'est mon second moment de gloire dans toute ma longue existence de bloggueur ascendant surfeur. La première fois, ce fut lorsque j'ai eu la confirmation que Renaud Camus avait lu un texte de Taillandier, que j'indiquais en lien à Alain Finkielkraut. Je ne m'en suis jamais vraiment remis. C'est comme René Girard qui explique qu'il est venu à Clausewitz par Hölderlin ou comme Cioran racontant que sa mère s'est rapproché de Dieu grâce à Bach à l'échelle du blogos, bien sûr.

vendredi 26 décembre 2008

A propos du Chagrin des Belges

J'ai commencé il y a quelques semaines la lecture du Chagrin des belges, le célèbre roman d'Hugo Claus. Je m'étais dit en l'achetant que cette œuvre louée et recouverte d'éloge allait me procurer le plaisir du Classique et assouvir mon goût pour l'idée du roman national. Ici, la patrie est la Flandre, pays de sang qui est le mien. J'allais entrer pour une fois dans ses entrailles à travers ce qui se présente comme une chronique provinciale. A plusieurs reprises, j'ai voulu ici en toucher quelques mots, à commencer par la regrettable présentation du livre, qui en quatrième de couverture propose une citation bancale et quelconque d'un journal (Le Monde) qui a laissé paraître l'idée que La République fût un livre rédigé par Socrate. La courte biographie de l'auteur, la citation en sus donnent la pénible impression d'une œuvre de circonstance, hâtivement rééditée pour satisfaire aux curiosités de l'im-médiate actualité, Hugo Claus s'est plus ou moins donné la mort (par euthanasie) il y a quelques mois, ce qui a comblé d'aise et de roucoulement toute la clique de la bourgeoisie anversoise, qui n'a pas manqué d'assister bruyamment aux obsèques télévisées. Défunte subversion. La première partie qui conte l'enfance de Louis Seynaeve avant la seconde Guerre Mondiale et brosse le portrait des membres de sa pittoresque famille pose d'emblée le roman comme un roman d'apprentissage, dont on pressent à travers la malice de l'auteur, que ce peut être un roman d'apprentissage sans finalité, un roman d'apprentissage vers rien (apprendre à être belge?). On peut aussi lire ce roman comme une œuvre d'autofiction et suivre le cheminement de l'auteur à devenir tel qu'il s'est défini subtilement "un flamingant francophone". C'est pourquoi j'ai regretté ne pas le lire en néerlandais, car l'auteur joue sur les registres de langue, passant du haut-flamand au bas-flamand, perdant ainsi la drôlerie, mais aussi le message politique dans la quête d'une identité communautaire. Mais visiblement, je ne suis pas le seul : "Et pendant ce temps, pour libérer le pays, des couriers limbourgeois transportant les plans tactiques salvateurs mais ne comprenant pas le patois de Flandre Occidentale s’égaraient dans les champs en mâchant du salami"(p.335). Néanmoins, grand est le plaisir de lecture, j'espère à l'occasion fournir quelques extraits savoureux.

jeudi 25 décembre 2008

Manuel informatique et aléatoire d'anglais des affaires

La vocation pédagogique de ce weblog est quelque peu en berne, nous proposons d'inaugurer un manuel aléatoire d'expressions et mots pour améliorer votre anglais des affaires.

Shrug it off!
: ignore-le
To haul sb over the coals : passer un savon à quelqu'un
to outsmart the competition : surclasser les concurrents à force d'ingéniosité
is bearing fruits : porte ses fruits
unapologetic : convaincu
Notwithstanding : nonobstant, malgré

Mise en situation :

Notwithstanding the insistent sollicitations of my fellows, I decided to shrug them off. I am sorry, but each time I have followed their advice, the result has been my boss hauling me over the coals. Now I have so many doubts, that I am not unapologetic about the last plan for outsmarting the competiton in these times of crisis would bear fruits.

Cette courte nouvelle raconte l'histoire d'un employé de bureau qui confie son désarroi suite aux remontrances qu'il subit de la part de son supérieur hiérarchique. Dans un tel état de doute et d'égarement, il n'a plus les capacités d'insuffler l'optimisme, la cohésion et l'esprit de conquête pour surmonter les épreuves qui viennent à lui et à son entreprise.

mercredi 24 décembre 2008

Faites entrer Accusaman

Dans une de ces fameuses et trépidantes émissions, qui font la gloire du service public télévisuel français, j'ai nommé la dite émission "Faites entrer l'accusé", le spectateur attentif et méditatif a pu dans la demi-saison écoulée se laisser aller à quelques réflexions que je vous livre à la ericcantonade.

Un homme, bien que sauvé le croit-on par ses origines vendéenne (le vendéen est bon), se révèle être en vérité un ignoble et froid dépeceur de compagnes, qui en dix années d'intervalle a tué et enterré les femmes avec qui il partageait sa modeste vie de cafetier. Condamné à des années de prison, le criminel tombe gravement malade dans sa cellule. Il est atteint, de l'avis des spécialistes, d'un cancer incurable, si bien qu'en vertu d'une loi pondue opportunément par Kouchner en ce temps, il put, en sa qualité d'agonisant, terminé sa sinistre vie dans son chaleureux et réconfortant foyer familial dans un douillet pavillon d'un modeste lotissement de la côte Atlantique comme notre pays en regorge tant. Cependant, bien que condamné par les plus éminents spécialistes tant judiciaires que médicaux, notre homme se remet peu à peu, difficilement, mais par on ne sait quel miracle redevient un homme valide à la grande stupeur du voisinage, qui surprend le criminel libre bricoler ou chercher des baguettes pour ses bien-aimés parents. Le voisinage prend peur, en toute connaissance de la réputation de l'homme qui devrait dans un monde normal leur laisser la tranquilité en croupissant dans de sinistres cellules de condamné. Passons sur l'ambiance, peur sur la ville, et remémorons nous les propos du maire, interrogé par les méticuleux journalistes. Le maire sortait les lettres des habitants se plaignant de l'activité du dangereux quidam, il lisait des lignes qui faisaient état des moindres faits et gestes du malade. Alors, il dit : "il est plus surveillé que s'il était en prison". C'est certainement cette passion française que la Halde a voulu réveiller en exhortant nos concitoyens à dénoncer les cas patents de "discrimination", mot entre guillemet qui conserve toute sa subjectivité d'opinion et de sentiment. après quelques allers-retours spectaculaires, l'homme mourut en prison au grand soulagement des familles des victimes et des épistoliers enthousiastes.

lundi 22 décembre 2008

sur la valeur "travail"

« Dans la glorification du « travail », dans les infatigables discours sur la « bénédiction du travail », je vois la même arrière pensée que dans les louanges adressées aux actes impersonnels et utiles à tous :à savoir la peur de tout ce qui est individuel. Au fond, ce qu'on sent aujourd'hui, à la vue du travail – on vise toujours sous ce nom le dur labeur du matin au soir -, qu'un tel travail constitue la meilleure des polices, qu'il tient chacun en bride et s'entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l'indépendance. Car il consume une extraordinaire quantité de force nerveuse et la soustrait à la réflexion, à la méditation, à la rêverie, aux soucis, à l'amour et à la haine, il présente constamment à la vue un but mesquin et assure des satisfactions faciles et régulières. Ainsi une société où l'on travaille dur en permanence aura davantage de sécurité : et l'on adore aujourd'hui la sécurité comme la divinité suprême. – Et puis ! épouvante ! Le « travailleur », justement, est devenu dangereux (1) ! Le monde fourmille d' « individus dangereux » ! Et derrière eux, le danger des dangers – l' individuum (2) ! [...] Êtes-vous complices de la folie actuelle des nations qui ne pensent qu'à produire le plus possible et à s'enrichir le plus possible ? Votre tâche serait de leur présenter l'addition négative : quelles énormes sommes de valeur intérieure sont gaspillées pour une fin aussi extérieure ! Mais qu'est devenue votre valeur intérieure si vous ne savez plus ce que c'est que respirer librement ? si vous n'avez même pas un minimum de maîtrise de vous-même ? »

Nietzsche, Aurores (1881), Livre III, § 173 et § 206, trad. J. Hervier, Gallimard, 1970

jeudi 18 décembre 2008

Taper son nom dans Google

Je suis assez peu curieux du livre qui reproduit l'échange de courriels entre Michel Houellebecq et Bernard-Henri Lévy. Stalker en a extrait de très intéressantes citations de Houellebecq, pourtant. Pierre Assouline, de son côté, qu'on ne savait pas si inspiré, par le fiel certainement, fait bien de dire que ce livre ne peut pas marcher puisqu'il tente de rassembler deux lectorats qui se détestent. Lire du Bernard-Henri Lévy me donnent des frissons de dégoût. J'ai ouvert une seule fois un livre de l'écrivain, dans une vieille librairie d'occasion d'une banlieue du Minnesota, American Vertigo, it was. Penser que Michel Houellebecq ait pu dîner, converser, prendre du plaisir intellectuel avec le quidam, Michel Houellebecq dont les œuvres à venir peuvent être influencées par une des paroles de Lévy, me désole à point tel que je préfère me convaincre qu'il ne s'agit que d'une mise en scène pour laquelle ils se plient dans le but d'empocher un bien généreux chèque. J'ai pensé un moment à la solidarité des parias, que le titre, d'ailleurs, met en avant. Etre détesté doit créer quelques liens. Non, non, je ne veux pas y croire. Pierre Assouline, le célèbre échotier littéraire, relayait la phrase de Lévy, le flamboyant Lévy, dévoilant le fait qu'il tapait son nom dans Google. Comme vous et moi passons notre temps à consulter les statistiques de nos blogs. C'est assez pathétique, cette confession est tout de même touchante. Du même ordre, j'ai vu sur un blog quelconque mais "vigilant" comme il en fleurit des centaines sur le bitume des autoroutes de l'information un article agressif, cruel, sentencieux, péremptoire et mal écrit invectivant les participants à une conférence, dont Edwy Plenel, qui ô surprise, pris la peine de répondre de sa belle plume scolaire, une longue missive glissée dans la section des commentaires.

lundi 15 décembre 2008

Au menu

En regardant le sémillant Petitrenaud, je me suis promis de reproduire (ou de tenter de reproduire) un des plats présentés par un restaurateur parisien et qui selon les dires généraux, reviendraient à un coût de revient tout à fait dérisoire, et ce pas plus tard que pour le weekend prochain, lorsqu'il sera question de se remplir généreusement la panse après une semaine de dur et ingrat labeur. Il s'agit d'un gratin de macaroni sur lequel on vient poser du saumon aux copeaux de citron et coriandre. Elle a davantage apprécié la salade de macaroni aux légumes de saison, dorée au miel et au citron, qui il est vrai avait sur son présentoir un aspect attractif.

Pour le réveillon, puisque nous y sommes, nous n'avons pas encore décidé ce que nous allons cuisiner, mais il est à peu près acquis que nous regarderons dans le livre qu'Elle m'offrit "restaurants, brasseries et bistrots bruxellois", à moins que nous n'options pour la traditionnelle dinde. A ver.

dimanche 14 décembre 2008

Miller's Crossing, un film des frères Coen

Qu'il est utile chers amis de se relire en ressortant d'une vie antérieure de blogiste un petit texte qui pourra servir au cas où nous viendrait l'envie d'évoquer ici le dernier film des frères Coen.


Pour accéder à l’œuvre des frères Coen, usons d’une corde dont les fils tressés lient alternativement un film noir et une comédie grand public. Il y a, en effet, deux types de films, celui dans la lignée de Sang pour Sang, qui atteint sa vertigineuse maîtrise dans Fargo et celui qui escalade un registre comique qui part de Arizona Raising pour atteindre le faîte de sa gloire en 1998 avec The Big Lebowski. Inscrivons nous dans le cadre des films les plus personnels de leur univers tant spatial que littéraire, le film noir, dont les intrigues sont complexes, nouées de manipulation, de cynisme et de violence, comme des pendants cultivés aux histoires de notre loueur de cassettes préférés, Q.Tarantino. Blood Sample enlisait au sens propre et au sens figuré les protagonistes dans les sables du Texas, Fargo dans la neige du Minnesota et Miller’s Crossing dans la forêt de la Louisiane. Ces films tracent des chemins complexes qui aboutissent au milieu de nulle part, c’es-à-dire, pour un critique germanopratin, en dehors de Paris ou pour être précis comme un GPS des no man’s land mentaux. Pour qui se délectait lors de son adolescence, comme moi, des sombres et jubilatoires perversités des frères Coen, faire un retour sur ce passé peut être une expérience d’une heureuse nostalgie. C’est ainsi que je voyais hier soir Miller’s Crossing pour la première fois alors que des films dits « commerciaux » tels que O’Brother, intolérable cruauté, avaient policé leur travail aux yeux des fidèles. Comme j’aime à paraphraser le critique pompeux, je dirais donc: retour sur une vraie expérience de cinéma.

La première impression est celle de se retrouver dans un univers codifié et ironique, le film de gangster et le cartoon, du Hitchcock et du Tex Avery, c’est excusez-moi du peu, savoureux. Une intrigue complexe, qui se noue, qui se dénoue, qui se perd, qui s’embrouille, comme une randonnée en forêt, des personnages mystérieux et grotesques, de la morale sans foi ni loi, des minables tout-puissants, des manipulateurs manipulés, nous retrouvions là le style des Coen.
Mais contrairement à Fargo, les scénaristes ont donné chair au grand manipulateur. Tom Reagan tire les ficelles et maîtrisent de bout en bout sa machination, alors que les protagonistes des autres films étaient systématiquement dépassés par les coups qui les échappaient tragiquement. On s’identifie à lui, certes, malin parmi les brutes, mais ces silences nous désarçonnent et son statut de loser qui s’assume (il a des dettes qu’il ne veut pas qu’on éponge pour lui et s’enfonce dans le jeu pour rembourser un dû qui se creuse comme une tombe se dit-on) le rend antipathique à nos yeux. Héros solitaire, cow-boy en chapeau mou, qui tire son épingle du jeu au milieu du désordre sanglant.

L’année prochaine, les frères signent leur retour dans cette veine et c’est tant mieux, c’est une bonne raison pour que ce fainéant d'Accompagnaman reprenne du service.

samedi 13 décembre 2008

Anecdotes chevelues

Une fois n'est pas coutume, nous allons sombrer dans la retape la plus honteuse, il serait question de stars et de cheveux.


Céline Dion s'est attirée la rancœur de tous les coiffeurs du monde par le fait qu'elle ne souhaite pas que son jeune enfant, huit ans, se fasse couper les cheveux. Ce qui semble être tout à fait criminel pour la profession. Les statistiques seraient formelles si on les consultait, si on les passait au peigne fin pour ainsi dire (mais n'est-ce pas le but de ce blog de mettre le doigt dans la plaie, de couper les cheveux en quatre?) on ne passe plus de Dion dans les salons de coiffure; pire, les ventes de disques dans les CSP coiffure sont en chute libre.

En Belgique, la coupe de cheveux est un véritable allié sociologique. Dans les quartiers plus ou moins aisés, Uccle ou Woluwé, pour ne pas les nommer, des hordes d'adolescents aux coupes de cheveux bien reconnaissable, se baladent insouciant dans le métro Montgomery, se donnent rendez-vous pour un prochain karaoké, rue Bailly ou pour la sortie scout du weekend.

Il existe en Savoie un petit village nommé St-Jean-de-Chevelu, sur la route de Belley à Chambéry. A l'entrée du tunnel qui s'enfonce dans le mont du chat, le village souffre de l'important trafic de camions qui rendent la vie impossible aux 584 quiets chevelans (et non chevelus).

jeudi 11 décembre 2008

Bar à Tapas



Lors d'un cours du soir d'espagnol, dans une de ces trop nombreuses discussions de comptoir, où le bon alcool est remplacé par le mauvais espagnol, tout aussi saoulant, j'ai eu l'occasion unique de mettre en avant, d'exposer les effets de la surpopulation. Je trouvais un peu risible qu'on s'échine à insulter les gens qui ne ferment pas le robinet au moment du brossage de dents, alors que pendant ce temps, l'accroissement démographique, l'explosion démographique, engendrait les dégâts que l'on imagine en un temps où l'activité humaine occasionne des effets de toute sorte qu'on dénonce à l'envi. Toujours dégourdi par mon énervement quoique tempéré par les effluves quasi-éthylliques de mon mauvais espagnol, j'ai demandé ce qu'ils pensaient des OGM, ce moyen techno-scientifique à la productivité redoutable, qui seul permettraient de nourrir tout ce beau monde. J'ai fait, je dois le reconnaître, une erreur stratégique, OGM est tabou depuis que l'assistance a un jour vu à la télévision un reportage conspirationniste sur la question. Une donzelle m'a répondu à propos de la surpopulation : "Ben qué, no vamos a matarlos." Parole d'ivrogne ibérique, certes, mais qui a le mérite de mettre en lumière l'inconscient de l'argument, dénoncer la surpopulation est criminel. Le malthusianisme n'a pas bonne presse, il fallait à ce moment aller à contre courant avec une force qui me dépassait et qui sous l'emprise de mon espagnol bafouillant aurait été pathétique. Je suis reparti avec la sensation d'une occasion perdue.


N'est pas Claude Lévi-Strauss le premier ivrogne venu. Dans la vidéo ci-dessous, il dit à propos de la surpopulation, que c'est "un régime d'empoisonnement interne, en quelque sorte". Parole pythique qu'il faudra quelques décennies à demêler et à saisir, imaginez bien qu'un esprit vacillant en mode hispanique à bien du mal à exprimer devant des acolytes hostiles.





mardi 9 décembre 2008

The Day Robert Metcalfe ate his words

En 1995, Robert Metcalfe, le grisonnant patron d'une puissante société spécialisée dans les équipements en réseaux, alarmait le grand public de la disparition d'internet devant advenir l'année suivante, lors de la ténébreuse année 1996. L'homme est pris au sérieux, il n'est pas un Paco Rabanne de supérette, il est l'inventeur de l'ethernet (que je ne m'aventurerais pas à décrire aujourd'hui). Il explique que l'internet souffrira d'un phénomène de "gigalapses" dans lequel on peut comprendre que les infrastructures ne pourront plus accueillir le trafic, en conséquence de quoi, l'internet sera inutilisable au grand désarroi de mon sournoise ignorance (en ce temps-là, je n'avais jamais entendu parler de la chose). Il promit qu'il mangerait ses mots, si sa prédiction s'avérait fausse. En 1997, l'homme se présenta devant un auditoire impitoyable, déchira l'article dans lequel il s'était majestueusement trompé, voulut le mélanger à un cake pour l'ingurgiter. L'auditoire, qui n'avait pas inventé l'ethernet, protesta vigoureusement contre l'allégement de la peine. Il le but. Car, déjà, il fut un temps, où on ne badinait pas avec les déclinologues, ma petite dame.

Eating my Collapse Column



lundi 8 décembre 2008

L'heure de la Halde, à propos d'Agathe Cléry

Alors qu'il y a quelques semaines le cinéma américain nous livrait un film anar et corrosif, cocasse et railleur, sorti de l'esprit tordu et ricanant de Ben Stiller, Tonnerres sous les tropiques, la France du cinémonde, toujours avide de rendre la monnaie de sa pièce aux forces de l'Empire, réplique ces jours-ci par le surprenant et militant, Agathe Cléry, la femme raciste qui va devenir noire. Tandis que l'un, revenu de vingt années de politiquement correct, se plaisait à moucher la caste hors sol des comédiens du cinémonde ayant trop ingurgiter de black studies sur Mtv (Robert Downey est un acteur capricieux qui découvre et épouse la cause noire jusqu'à se faire implanter des pigments noirs), l'autre pense faire grincer en enfonçant les portes ouvertes de la lutte contre les salauds. Gré soit rendu à Ben Stiller d'avoir été irrespectueux et de pouvoir aussi rapidement ridiculisé un film de commande idéologique, qui, comme, pour paraphraser Montherlant, a "un conformisme du désordre qui a toute la sottise qu'il prête au conformisme de l'ordre". Agathe Cléry se présente comme la première œuvre de la période dominée en France par "l'antiracisme dogmatique", du divertissement de masse et du flicage de la pensée.


Outre-quiévrain

Encore une sournoise attaque des petits belges jaloux et rancuniers.

Le Soir 8-12-2008 :
Le Monde devient fou
Le Monde évoquait samedi le traitement réservé par le Conseil de l’Europe aux trois bourgmestres non-nommés de la périphérie. Pour illustrer l’article, une photo montre nos maïeurs dans l’hémicycle strasbourgeois. La légende du cliché vaut le détour. Arnold d’Oreyer (au lieu d’Oreye…) est présenté comme premier citoyen de... Lantremange (au lieu de Crainhem) et François van Hoobrouck comme celui d’... Aspres (au lieu de Wezembeek). Ne cherchez pas ces communes sur votre plan du Brabant flamand : Lantremange, c’est près de Waremme et Aspres, c’est dans les Hautes-Alpes. Et que viennent faire ces paisibles bourgades dans notre marigot institutionnel ? Les connaisseurs des bisbrouilles belgo-belges auront identifié l’erreur. Le bourgmestre de Crainhem s’appelle Arnold d’Oreye de Lantremange. Celui de Wezembeek-Oppem se nomme François van Hoobrouck d’Aspre. Depuis 1789, les noms à particule n’ont plus la cote à Paris... "(E.D.)

mardi 2 décembre 2008

Le film Juno

Nous avons vu un film américain qui eut lors de sa diffusion dans les complexes cinématographiques son petit succès, qu'il affirme par ailleurs dans les salles de location, je crois bien. Il s'agit de l'intitulé Juno. Ce film avait attiré mon attention lorsque le Vatican Himself l'avait cité en contrepoint aux films célébrés du moment et qui faisait selon le Saint-Siège en personne et en soutane l'apologie du Mal, de l'irréversible noirceur de l'homme (No country for old Men et There will be blood). Anodin et gentil, il se distingue par la mise en scène des idées pro-life qu'on ne pensait plus voir dans l'industrie lourde de propagande consuméro-bien pensant comme peut l'être avec ravissement et vertige le cinéma actuel. Une jeune fille sérieuse et sensible apparaît manifestant pacifiquement mais opiniâtrement devant un centre de planning familial, loin des images des militants hystériques, par exemple. L'histoire évoque la grossesse d'une adolescente de seize ans qui décide non pas d'avorter mais de donner son enfant à un couple qui en est privé. C'est un sujet important dans le monde catholique, qui ne manque pas d'associations qui viennent en aide aux mères en difficulté qui ont courageusement décidé de ne pas avorter, alors que la simplicité teschnique et adminsitrative (quelque peu criminelle) l'y aurait incité. On aurait pu penser que cela soit traité d'un point de vue initiatique, mais non, il semble que l'enfant ne soit qu'un élément déclenchant de la prise de conscience d'un amour adolescent, comme un accident de voiture, une prise d'otage, qui font la fortune en général des scénaristes de télénovelas en souffrance de moment vérité et de révélation sentimentale. La science du succès est décidément une curieuse alchimie.