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samedi 11 janvier 2014

Feydeau, Tailleur pour dames et autres vidéos sur YouTube

J'ai profité des derniers jours de décembre pour me rendre au théâtre, à l'approche des vacances, ma fatigue devait être adoucie par les joies simples du divertissement. Une pièce de Feydeau, Tailleur pour dames, était au programme et comme dans mon esprit, par le jeu simplificateur des listes scolaires, Feydeau est associé à Labiche. Je comptais avec résolution rire franchement, me taper sur le bedon à tout crin et en toute honnêteté, j'ai ri gaillardement. Les jours suivants, toujours mû par ce désir - je l'espère compréhensible, de se fendre la poire en toute détente, j'ai cherché sur Youtube des réprésentations complètes de pièces de Feydeau, données si possible par le fin du fin de l'actorat français. Chaque décennie, visiblement, la comédie française a mis une de ces pièces au répertoire, j'ai regardé quelques-uns des débuts (car je m'endormais, veuillez encore excuser mon manque de vigueur) de quelques pièces et je dois relever ici une interrogation : Comment se fait-il que Feydeau se maintient dans les répertoires classiques ? Il m'est incompréhensible qu'il a dépassé le succès de son vivant. Pourquoi la comédie française joue et rejoue ces vaudevilles aimables et coquins, distrayants et grossiers ? Les oeillades au public, les paraphrases grossières, la pudibonde vulgarité sont à peu près les ficelles invariables du dramaturge, amateur de gaudriole au pays de Strauss-Kahn. Don Juan en français se dit Strauss-Kahn vous verrez. J'aime assez les noms des personnages (Moulineaux, Bassinet), mais je garde en ce début 2014 mon faible (aussi tenace soit-il) pour Labiche.

mercredi 22 septembre 2010

Contraint au rire

D'après cette brève lue sur le site Causeur, on apprend que l'excellent dramaturge contemporain Gérard Sibleyras présente une nouvelle pièce à Paris. L'objet de sa loufoquerie : l'humoriste. Il semble que le comique pas drôle mais intouchable soit mis en scène avec férocité, car l'auteur installe un dispositif dans lequel le public est obligé de rire.
Au coeur du monde de jubilation forcée et de bonheur obligatoire, le comique, qui peut être sinistre et terrorisant, en est l'acteur incontournable pour détendre et moraliser tout de paire la société. Sibleyras a probablement entendu Finkielkraut s'attaquer aux humoristes ou alors il a tout simplement écouté par dépit France-Inter. J'espère y trouver le pendant caricatural du très sérieux festival du rire de résistance qui avait il n'y a pas si longtemps, occupé avec pompe les pages cultures des magazines français.

lundi 15 mars 2010

La danse de l'albatros

Peut-on dire que Gérald Sibleyras, dramaturge contemporain qui fait les beaux jours du théâtre parisien est de la trempe des Marivaux ou Labiche? Sur la foi d'une pièce donnée en représentation au théatre royal du Parc*, La danse de l'albatros, sur la foi de l'enchantement et de la joie qu'on en a retiré, on peut penser que oui. Léger comme Marivaux, absurde et délirant comme Labiche, le spectateur jubile d'autant plus qu'on semble mettre en scène avec talent les subtiles observations de Philippe Muray. La danse de l'albatros est le combat inutile d'un homme d'avant dépassé par son époque. Il résiste contre les marches pour la paix, la dictature de la détente, la littérature des livres de bains pour enfants de zéro à six mois, les recommandations de Santé pour tous, les faux rebelles, les cours de danse afro-brésilien et les niveaux d'alerte. Merveilleux.

Dans son dernier roman, Loin, Renaud Camus met en scène les aventures épisodiques entre Jean, calme érudit et une jeune femme Ono, toute auréolée de la parlure moderne. Gérald Sibleyras peint Thierry, un zoologue proche de la retraite vivant une histoire avec une femme de vingt-deux ans, auteure de livre de bain. Les deux hommes surmontent la barrière de la langue par les attractions physiques, bestiales, propre aux jeux de séductions. Peu à peu, l'amour se perd, les mondes deviennent trop différents, ils ne s'interfèrent plus. Chacun se remet à sa place. Loin quand il est encore possible.

*Acteurs impeccables et décors soignés, comme toujours.

samedi 6 février 2010

Didérot sur le devant de la scène

Cette semaine, en écho à la représentation au Théâtre-Royal du neveu de Rameau, l'émission radiophonique Les nouveaux chemins de la connaissance diffusait des entretiens autour de la vie et l'oeuvre de Denis Didérot, qu'on peut aussi se procurer pour la balladodiffusion dans les parcs ou pour ses "joggings" bénins. La douce voix du savant belge Raymond Trousson nous guide dans cette voie par moi méconnu. Je me méfie du timbre plastique et l'élocution moderne de l'animateur, car on dirait B-H. Lévy jeune, je suis subjugué, en revanche, par la science et la clarté de l'invité, de sorte que nous avons la chance d'assister à un roboratif et charmant moment de gai savoir. Il est possible désormais de comprendre un peu mieux la pièce que nous vîmes samedi dernier. Je m'étais demandé pour quelles raisons nous jouions du Didérot en ce moment. S'il apparaît comme un intransigeant, ponocratique philosophe résolument subversif de son époque, et y pointer toute sa modernité, sa fine plume d'écrivain classique et sa verve le ramène paradoxalement à un passé lointain, déjà condamné par notre présent vertueux. Un exemple, ses idées sur les rapports hommes et femmes sont insupportables et surannées (Supplément au voyage de Bougainville). Profitons donc de cet éclairage éphémère.

Les cinq émissions de la semaine à partir de ce lien
Quelques extraits de la pièce


mercredi 23 décembre 2009

La folle de Chaillot

Contrairement à ce qu'en croient les mauvaises langues, le critique de la rubrique théâtre de la dernière heure ne fait pas que chômer, puisqu'il a daigné quitté ses pantoufles pas plus tard que la semaine dernière et se rendre dans un théâtre pour la première fois de la saison (qui a débuté en septembre). On voit plus bas ce qu'il nous en a péniblement pondu.

J'aime aller au Théâtre du Parc (au "TP" diraient les parisiens qui aiment utiliser les abréviations que son administration lui concocte), on y est accueilli par un personnel qui est redoutablement mieux habillé que nous, qui soigne le rituel de sorte à ce qu'on ne pense pas assister à une représentation scolaire. La salle est tout en splendeur, les sièges confortables et le public, quoique belge, de bonne tenue. Belle pompe. Pour je ne sais quelle raison, un soir, j'ai abandonné l'idée de regarder un match de football à la télévision pour m'y rendre, on y jouait la Folle de Chaillot de Giraudoux dont j'ignorais en bon journaliste de la dernière heure, à peu près tout.

Une femme, une illuminée qui habite nos rues, une femme dont on se détourne de crainte qu'elle ne nous adresse la parole, entreprend de réunir les petites gens de son quartier pour s'opposer à des investisseurs convaincus que le sol de Chaillot recèle de pétrole. Dans le premier acte, dans un bar, la France villageoise papillonne autour du monde de l'argent, petit costume sombre, air de secret et manières de parvenu. Ils se racontent le nouveau monde et ses méthodes. On les voit se frotter les mains sales. C'est savoureux. Je ne suis pas très "bohème", pourtant. J'aime Dieu et l'argent. C'est à ce moment d'ailleurs quand pris par la vigueur du dialogue, j'ai failli me lever pour crier mon assentiment, c'était vibrant, palpitant et bien j'aurais dû. J'avais lu un article sur l'ancien patron de Siemens qui avait quitté son poste suite à un scandale et qui occupe désormais la tête d'une autre incontournable entreprise. J'aurais crié, "je les connais! je connais leur nom! il y a Klaus Kleinfeld, il y a Bernard-Henry Lévy...", ces hommes sont tout en haut et s'échangent les rôles. Pour une pièce écrite en 1945, c'est troublant. Lors de l'entracte, nos excellents comédiens nous ont vendu des bibelots, les temps sont rudes pour la profession et je regrettai qu'ils ne soient millionnaires. J'ai pensé aussi sournoisement au match de football que je manquais et à ses acteurs autrement considérés, autrement rétribués. Lors du second acte, on y retrouve le sens du spectacle qui distingue ce théâtre ,à travers le décor ambitieux et grandiose comme sur une scène d'opéra. La rencontre entre les trois folles est longue et on s'ennuie un peu. En revanche, la prestation du chiffonnier est enthousiasmante et remporte la mise d'un sentiment final de satisfaction et de plaisirs repus.

mardi 29 septembre 2009

Rosencrantz et Guildenstern sont morts

Actuellement se joue à Bruxelles Rosencrantz et Guildenstern sont morts, une pièce du dramaturge britannique Tom Stoppard, par ailleurs scénariste du film Brazil. Rosencrantz et Guildenstern sont des personnages très secondaires de la fameuse pièce de Shakespeare, Hamlet. Ils y interviennent assez peu, quelques répliques. Ce sont des amis d'enfance du prince d'Elseneur et d'après ce que l'on peut comprendre dans la représentation qui nous occupe, ils sont chargés d'informer le couple cruel Claudius et Gertrude des folles intentions d'Hamlet puis de le livrer au roi d'Angleterre. Tom Stoppard a imaginé une pièce centrée sur les moments où ces personnages n'occupent pas le devant de la scène d'Hamlet, une sorte de off. Seules quelques scènes d'Hamlet viennent s'introduire dans la pièce. Entre temps, ils devisent en tentant de comprendre l'histoire d'Hamlet et les raisons pour lesquelles ils sont là. Ce sont des remplaçants qui ne comprennent rien au match qui est en train de se jouer, faisant d'eux des comiques involontaires et bavards. Il ressort des sensations étranges à l'écoute de digressions philosophiques parmi l'incompréhension et l'absurdité de la situation (ils attendent l'entrée en scène, en quelque sorte). Si les bavardages peuvent rebuter le public belge adepte des ricaneries et de la gaudriole, on saluera l'audace du théâtre des martyrs de porter sur scène une pièce exigeante au texte difficile, qui se plaît à être illogique, absurde et déroutant, cependant, on note avec joie qu'il n'a pas renoncé à ses ambitions spectaculaires, les pantomimes sont de délicieux moments, les artifices assurent un bon spectacle visuel.

vendredi 15 mai 2009

Mais que fait le critique théâtre de la dh?

La dh est un vénérable tabloïd à sensations bruxellois, tellement vénérable et vénéré d'ailleurs que sa marque de fabrique a contaminé l'ensemble de la presse mondiale à travers un phénomène que nous sommes les seuls à cerner, en exclusivité, la dh-isation de la presse. Néanmoins, si porté sur les choses essentielles de la vie, telles que le trafic d'organes de petits roumains qui agressent des chiens meilleurs amis des mémés ou des dessous-chic des femmes d'hommes politiques corrompus ou même du football belge, qu'elle peut être, la dh s'est adjointe les services d'un petit critique de théâtre, qui suit avec intérêt ce que la capitale de l'Europe compte d'acteurs, de mise en scène, de planches et autre saltimbanqueries. Ce blog a chipé quelques papiers du critique féroce et exposé sur cette page quelques-uns de ses avis tant attendus. C'est pourquoi nous nous pourléchions les mains, -que dis-je?-, nous nous frottâmes les babines aux comptes-rendus d'une pièce que le Festival des arts peut s'enorgueillir de présenter au public bon-belge, une adaptation de Dante par le fameux Roméo Castellucci, Purgatorio. Une pièce présentée au Festival d'Avignon et encensée par Télérama. Ainsi fort de cette excitation naturelle qui saisit ce blog à chaque visite d'un théâtre, nous téléphonions au critique de la dh afin qu'il nous mît l'eau aux babines déjà préalablement frottés comme le sol d'une casa d'abuela. Malheureusement, le critique nous expliqua qu'il n'avait pas de places pour aucune des quatres représentations et que nous serions privés de ses impressions à propos de cette pièce incontournable dans le théâtre contemporain. Mais que fait le critique théâtre de la dh? Je crois qu'il (ou sa rédaction) a plutôt privilégie le match de football du weekend, paraît-il haletant, et que sa paresse naturelle l'a guidé vers autre chose qu'un sommet de la création. Lundi, le critique verra ses bretelles remontées et sentira ce que c'est d'être la peau d'un AccusaMan.


samedi 4 avril 2009

La version Claus selon Josse De Pauw

Ces temps-ci, parmi les beaux jours d'Avril, les services culturels de la ville proposent un cycle consacré à Hugo Claus, l'écrivain de génie, "pervers et rance". Ses films, dont il n'était pas fier, paraît-il, et une pièce (un monologue autobiographique) sur sa vie dissolue, tiennent l'affiche. Ils devraient remuer les dépôts du livre lu il y a quelques mois.
Josse de Pauw, acteur bilingue, joue des séries d'interviews de Claus faisant les questions et les réponses, sous la forme d'un monologue. Ce dernier devait probablement se faire ses propres interviews dans sa tête, afin d'être prêt à les restituer aux journalistes; les formules sont travaillées, les images belles. Il fait de l'entretien un genre littéraire à part entière. De surcroît, l'homme est malin, arrogant, hâbleur, habile, fabulateur, irrespecteux, bluffeur et provocant. Le type idéal qui se la raconte avec talent. Le malicieux Claus insistait beaucoup sur la valeur du mensonge, si bien que ce qu'il venait à dire était toujours dévalué par le doute, et, pourtant, il en ressortait toujours des éléments de vérité. Il le dit lui-même : "le sauvetage du monde est dans le mensonge, mais le mensonge s'effrite quand quelqu'un le croit."C'était brillant, épatant et drôle. L'acteur incarne à merveille l'écrivain de telle sorte qu'on sentait naître la fusion.
Chaudement recommandé.

samedi 28 mars 2009

Le grand macabre, le jour d'avant


La pression monte. Le critique théâtre de la dh n'a pas bien dormi. Il s'agit d'un événement à Bruxelles. J'ai croisé une collègue de travail, elle était enchantée. Il y aura une certaine excitation dans la salle, palpable. Je connais un peu l'histoire et j'avoue que cela ne me déplairait pas de la voir adapter au théâtre. Un monde inspiré de Brughel devrait me ramener à l'enivrante lecture du chagrin des belges. J'ai entendu à la radio quelques pièces de Ligeti et cela ne m'a pas déplu. Ce devrait être bon. Je crains un peu pour nos places et le confort qu'elles peuvent ne pas procurer.

vendredi 27 mars 2009

Le grand macabre

On me dit que le Grand Macabre, qui se tient à la Monnaie est incontournable. J'entends partout éloges et célébrations enthousiastes. Je réponds : hum. Attendons de voir. L'opéra de Ligeti doit passer d'abord sous les fourchettes caudines du critique théâtre de la dh (c'est moi).
Le directeur Peter de Caluwé a demandé à la fura dels Baus d'adapter l'opéra de Ligeti à la Monnaie. Le fait que la pièce qui inspire l'oeuvre est une pièce de Michel de Ghelderode, un vieux belge dont le génie est oublié est un bon prétexte pour participer à l'engouement général. Comme tout bon critique de théâtre d'un tabloïd bruxellois qui se respecte, je me suis procuré, difficilement, le livre original, La ballade du grand macabre. Je vais le lire, afin de m'imprégner de l'atmosphère de ce dramaturge oublié (et peu joué). Le fait aussi que ce soit la Fura dels baus qui s'y emploie ajoute à la curiosité, il s'agit d'une troupe inventive, stimulante et catalane. J'ai toujours eu envie de me pencher sur leur oeuvre, que j'associe, peut-être à tort, à celle d'Alain Platel. Le fait, enfin, que ce soit l'unique opéra de Ligeti, désignée comme une oeuvre majeure de notre siècle pousse le critique théâtrale de la dh à sortir de sa tanière et de la lecture de son quotidien favori. J'irai dimanche et pour l'événement, je porterai cravate, je prendrai quelques notes de la séance explicative afin de les restituer à mon abonné n°1 (que je salue, salut à toi, JL).

mardi 24 mars 2009

Théâtre et chemins de fer

Lors de la conférence de l'érudit Beaumarchais, septième génération du nom, nous eûmes le bonheur de mille et une anecdotes érudites et passionnantes dans ce qui constitua une bienheureuse manifestation de gai savoir. Le thème était mince, le théâtre et les chemins de fer, mais ne fut qu'un prétexte à de longues divagations riche de connaissances et de trépidantes informations. Beaumarchais, spécialiste de Labiche, a recherché dans l'œuvre du dramaturge les occurrences ferroviaires, alors que se tient à l'affiche les chemins de fer au théâtre de la place des martyrs. Il a relu les premières définitions que lui consacraient les dictionnaires et les Larousse de l'époque, en un temps où le rail faisait son apparition pour le meilleur et pour le pire. Les situations cocasses du fait des premier pas, si j'ose dire, balbutiants de la machine à vapeur, n'échappèrent pas à Labiche, ni aux hygiénistes, sérieux et austère, qui pontifiaient sur les désagréments physique de cette diabolique invention. Les traités d'hygiène et de chemins de fer feraient de divertissantes lectures. Je me souvins avec émotion du magnifique poème d'Alfred de Vigny sur le taureau de Carthage. Parmi les anecdotes, on nous expliqua que l'essor de la boisson malté qui ravit les gosiers, la bière, ne dût son essor qu'à l'apparition du train, locomotion plus stable, qui empêchait le frelatage des anciens trajets en diligence, ainsi que la guerre des linguistes s'écharpant sur l'usage des mots de ce champ lexical à connotation anglaise. Parmi ces combats, nous eûmes le mot "quai" que les puristes débarquaient de la mer pour les camper au centre des campagnes, lui qui n'avait rien demandé, et ceci pour faire barrage à l'immonde plateforme, trop anglais et donc vulgaire, ah oui, l'anglais était l'américain pour le français de l'époque. Puis, peu à peu, le confort des trains répandu par l'étonnante science des américains ont achevé de rendre ce moyen de voyage pratique et chic. C'est alors que le peintre Monet put proposer son paisible train dans le paysage, bien loin des visions scandalisés de nos frileux réactionnaires.



Train dans la campagne, Claude Monet, 1870









mardi 17 mars 2009

Les chemins de fer, pièce de Labiche

Le théâtre de Labiche semble connaître un regain d'intérêt dans les cénacles du théâtre bruxellois francophone. Deux pièces ont occupé deux troupes parmi les plus respectés de la ville en peu de temps. Célimare le bien-aimé a été porté à l'affiche du théâtre royal en ce début d'année, et les chemins de fer est actuellement joué au théâtre de la place des martyrs. On trouve par ailleurs des acteurs qui jouent dans les deux pièces, c'est le cas de Bernard Marbais, épatant à chaque fois. Labiche fut un dramaturge zélé (quelques deux cent pièces) en son temps. Même si le genre dans lequel il excelle, le vaudeville, n'est pas de nature à être hautement estimé, l'auteur eut le droit au égard des académies et des critiques sérieux, contrairement au théâtre de Balzac et Flaubert, qui s'y sont essayé en vain. A quoi doit-il sa postérité?
Les pièces de Labiche sont toujours divertissantes pour le public et pour les acteurs qui y trouvent jubilation, énergie et joie de jouer. De nombreux intermèdes chantés sont aussi agréables. Dans le cas des chemins de fer adaptée à Bruxelles, un orchestre composé d'une basse, d'une batterie et d'un saxophone accompagne les aventures trépidantes et rocambolesques des personnages. On doit à Labiche un grand talent dans l'enchaînement des situations comiques, dans la caricature des personnages truculents et dans les dialogues. L'intrigue des chemins de fer s'y prêtait bien puisqu'il s'agit d'une comédie sur le thème de l’expansion rapide du rail sous le Second Empire, déclenchant la fièvre des spéculateurs (nouveaux riches) et instrumentalisant les aspects aventureux de voyages encore aléatoires en 1855. La seconde partie narre le voyage entre Paris et Croupenbach. Je retiens les savoureux Ginginet, le nouveau riche, le faux-manchot et la nurse anglaise, qui ont déclenché des situations absurdes et quasiment surréalistes.

Il se tiendra une conférence samedi prochain sur Labiche proposé par Jean-Pierre de Beaumarchais qui m'éclairera davantage sur la célébrité du dramaturge.


dimanche 23 novembre 2008

Célimare, le bien-aimé

Célimare, riche rentier de quarante-sept années, est sur le point de se marier avec Emma, une douce et juvénile fine fleur de dix-huit ans. Ainsi il compte bien mettre fin à une existence volage faite d'intrigues et d'aventures avec des femmes mariées, dont il a toujours choyé les maris pour pouvoir approcher facilement les conquêtes. Mais lorsqu'il s'agira de mener une vie rangée, il sera bien difficile de se débarrasser de ces amis encombrants charriant avec eux un passé plein de secrets inavouables qu'il faudra cacher pour ne mécontenter personne.

Cette pièce de Labiche est un vaudeville chanté, une très amusante comédie de mœurs jouée au théâtre du Parc. Le spectateur passera sur quelques petits bafouillages dans le texte pour ne retenir que la joie de jouer des acteurs et l'esprit quasi délirant de l'écriture.

dimanche 12 octobre 2008

L'Aiglon

Hier, comme l'eût dit, Herr Camus, c'était Théâtre, ce soir. Et pas n'importe où, chers amis, puisque nous avons choisi pour la première fois de nous déplacer au théâtre Royal du Parc, écrin somptuaire où peuvent se tasser plus de sept cents personnes d'excellente compagnie bourgeoise, pour assister à la représentation d'une pièce à costume, l'Aiglon, dont mon infamante inculture ignorait tout. Par souci d'économie malvenu, le couple que nous formions avec Elle s'installa au troisième balcon où nous eûmes pour des gens de notre respectabilité, distance et hauteur, mais surtout hauteur qui me fit craindre le confort d'un spectateur d'un match de foot-ball dans un "parcage" visiteur. Il n'en fut rien ni des vues imparfaites et lointaines, ni de la promiscuité beuglante de quelque manière que ce soit. L'Aiglon versifie la vie et la mort de Napoléon II. L'empereur Napoléon II, duc de Reichstadt et roi de Rome, a régné sans le savoir en France pendant quatre ou cinq jours. Il est le fils de Napoléon et de Marie-Louise d'Autriche, qui enfermé dans son existence monarchique viennoise ne rêvera que d'être le digne et épique héritier de son fameux et admiré paternel. Le héros est déchiré entre sa langueur et fragilité austro-germanique et sa vaillance, son entêtement et son héroïsme français. Il voudrait être à la hauteur de son sang bouillonnant, il mourra d'une fièvre, ne pouvant que reproduire des batailles par le biais de ses soldats de bois repeinturlurés sous l'œil sévère de Metternich. Il est amusant de noter que l'auteur, français, a décrit des caractères nationaux à l'inverse de ceux perçus à l'étranger. Raffiné à l'extrême, manièré et indécis pour l'étranger proche, le français n'est pas ce monstre de volonté bravade et épique qu'Edmond Rostand lie à l'atavisme gaulois.

En léger différé

jeudi 17 juillet 2008

La mouette, Tchechkov

Medviedenko aime Macha, qui aime Konstantin, qui aime Nina, qui aime Trigorine, lui-même aimé par Arkadina, elle-même adulée par Dorn, lui-même aimé par Paulina qui se détache de Shamrayef.