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mardi 5 juillet 2011

jeudi 23 juin 2011

Mauvais placement

Parfois, à la lecture de Mort à crédit, je pense à la phrase de Houellebecq affirmant que Céline "est surfait". Les mirages, les hauteurs qu'entretiennent les récompenses et les chèques ne devraient pas laisser s'aventurer dans les comparaisons. Lisez à haute voix un paragraphe de La carte et le territoire et vous chercherez en vain ce que Proust appelle cette "langue étrangère" qui est le génie du style. Les petits effets, les raccourcis provocateurs vont ennuyer dès que le feu de notre époque sera tari, tant mieux pour lui s'il en fait bonne fortune, mais qu'il ne mise pas sur l'ignorance des lecteurs de journaux pour se placer dans l'histoire littéraire.

mardi 23 novembre 2010

Le prix trente millions d'amis a un avis sur tout

Michel Houellebecq et son chien célèbrent le prix Goncourt.

Si on ne connaît pas grand chose en économie, en art contemporain, si on n'est pas très porté sur le sentiment paternel et qu'on n'est un peu léger en connaissances architecturales, mais qu'on apprécie les théories rapides et originales dites sur un ton de certitude péremptoire* alors on a beaucoup de chance d'aimer le dernier livre de Michel Houellebecq, romancier pour ados. Si un voyage en avion nous inspire en pensées autant qu'un passage au supermarché ou qu'un bref séjour d'ethnologue ERASmus, qu'on apprécie Cioran débarrassé de la munificence du style et aussi la science-fiction, on se dit que Houellebecq est pour nous. La carte symbolise l'empreinte de la civilisation qui peu à peu s'efface au détriment du territoire, de la nature, illustrant ainsi le caractère périssable et presque vain de l'humanité. Le triomphe de la végétation est total. Houellebecq continue donc les problématiques qui ont fait son succès, la dérive de l'homme moyen vers sa finitude ou quelque chose comme ça. Seulement, je pense que Dantec et Beigbeider l'ont aidé à terminer le bouquin. Ce n'est pas très bon.

*Un avis sur Picasso, Le Corbusier, le capitalisme, Julien Lepers, Fourier, JP Pernaud, les chiens et plus particulièrement les bichons, comme disent les jeunes ça va deux minutes.

dimanche 14 novembre 2010

La carte et le territoire, guide des impressions

Le seul et unique type vivant qu'ils mettent au monde, au monde de la fiction, c'est leur moi distribué sous diverses espèces et permanent sous d'innombrables hypostases ; que le perpétuel dialogue avec soi-même puisse se substituer sans vergogne à la tentative plus humble qui était jusque-là celle du roman d'imiter les accidents, les rencontres et la variété de la création, c'est l'effet non pas d'une incrédulité grandissante du lecteur vis-à-vis de la personnification romanesque, mais plutôt d'une foi presque insolente de l'auteur dans la capacité immanente à la fiction de faire tout accepter, y compris non seulement le mystère de la transsubstantiation réédité, mais encore le miracle des noces de Cana.»
Julien Gracq,En Lisant, en écrivant, Corti, p.122-3

Hormis une page sur Ryanair et d'amusantes remarques sur des produits de consommation, je ne retire pas grand chose d'excitant du dernier livre de Michel Houellebecq, La carte et le territoire. Or l'excitation, c'est ce qui attirait chez lui, l'observation polémique qui désormais n'est qu'un contre-pied prévisible, et aussi le fait qu'il faisait des hommes moyens des héros involontaires de leur temps. Les bons écrivains de nos jours doivent se tordre de douleur devant ce succès. Comme souvent, la critique consacre les œuvres les moins réussies et fécondes de leurs auteurs. Je salue tout de même ce talent français de gloser avec art et profondeur.
Jusqu'à la page 200, on dénombre quelques ratés exemplaires, la relation amoureuse entre Olga et Jed, dérisoire et insignifiante, les conversations entre Houellebecq, personnage et Jed, sans intérêt et presque puériles, le personnage Begbeider, une commande sans conviction, le pastiche de Kéchichian, grossier. Nous aimions les héros houellebecqien, celui-ci (Jed Martin) n'en est qu'une ébauche. On garde tout de même l'impression d'une oeuvre bâclée. Faible par le style, il commence à ressembler à MG Dantec, j'ai la malchance de le lire après Barbey, faire l'expérience de la comparaison d'une lecture à voix haute est un exercice cruel.

jeudi 23 septembre 2010

Film français

Il y avait longtemps.

Alors que notre société occidentale est traversée par les mutations biotechnologiques, la grande déculturation, une crise d'identité, le chômage des jeunes, la grande corporation du cinéma français continue inlassablement de traiter ses petites manies et obsessions (fantasme d'une corporation petite-bourgeoise, comme pour paraphraser Mélenchon). On apprécie l'opiniatreté, comme quoi toutes les valeurs ne se perdent pas. Ainsi un nouveau film sur les sentiments avec son lot de femmes nues qui pleurent s'invite sur les écrans de l'Hexagon. Le film s'appelle Happy Few. En voici l'histoire que d'aucuns (ploucs) considèrent comme un porno lèger intellectualisé.
Soit Rachel et Franck d’une part, Teri et Vincent d’autre part, deux couples avec enfants. Rachel d’abord sera troublée par Vincent lors d’un rendez-vous de travail. Puis Franck et Teri s’embrasseront lors du premier dîner entre les deux couples. Les couples vont s'inverser, le temps d'un grand frisson et de quelques larmes.
Le clip promotionnel ici.

Tous le cinéma français des années 2000 est résumé dans la première scène d'Extension du domaine de la lutte.




jeudi 18 décembre 2008

Taper son nom dans Google

Je suis assez peu curieux du livre qui reproduit l'échange de courriels entre Michel Houellebecq et Bernard-Henri Lévy. Stalker en a extrait de très intéressantes citations de Houellebecq, pourtant. Pierre Assouline, de son côté, qu'on ne savait pas si inspiré, par le fiel certainement, fait bien de dire que ce livre ne peut pas marcher puisqu'il tente de rassembler deux lectorats qui se détestent. Lire du Bernard-Henri Lévy me donnent des frissons de dégoût. J'ai ouvert une seule fois un livre de l'écrivain, dans une vieille librairie d'occasion d'une banlieue du Minnesota, American Vertigo, it was. Penser que Michel Houellebecq ait pu dîner, converser, prendre du plaisir intellectuel avec le quidam, Michel Houellebecq dont les œuvres à venir peuvent être influencées par une des paroles de Lévy, me désole à point tel que je préfère me convaincre qu'il ne s'agit que d'une mise en scène pour laquelle ils se plient dans le but d'empocher un bien généreux chèque. J'ai pensé un moment à la solidarité des parias, que le titre, d'ailleurs, met en avant. Etre détesté doit créer quelques liens. Non, non, je ne veux pas y croire. Pierre Assouline, le célèbre échotier littéraire, relayait la phrase de Lévy, le flamboyant Lévy, dévoilant le fait qu'il tapait son nom dans Google. Comme vous et moi passons notre temps à consulter les statistiques de nos blogs. C'est assez pathétique, cette confession est tout de même touchante. Du même ordre, j'ai vu sur un blog quelconque mais "vigilant" comme il en fleurit des centaines sur le bitume des autoroutes de l'information un article agressif, cruel, sentencieux, péremptoire et mal écrit invectivant les participants à une conférence, dont Edwy Plenel, qui ô surprise, pris la peine de répondre de sa belle plume scolaire, une longue missive glissée dans la section des commentaires.

mercredi 15 octobre 2008

Le conservateur

Houellebecq revient sur le contresens consistant à voir en lui un réactionnaire, nouveau ou ancien, alors que son tempérament et ses pensées le porteraient vers une sorte de conservatisme critique, cher à Orwell – auquel d’ailleurs Houellebecq rend hommage en louant sa définition de la «common decency» (socle de valeurs morales élémentaires qu’Orwell prêtait aux gens ordinaires) : «s’il y a une idée, une seule, qui traverse tous mes romans, jusqu’à la hantise parfois, c’est bien celle de l’irréversibilité absolue de tout processus de dégradation, une fois entamé. Que cette dégradation concerne une amitié, une famille, un couple, un groupement social plus important, une société entière ; dans mes romans il n’y a pas de pardon, de retour en arrière, de deuxième chance : tout ce qui est perdu est bel et bien, et à jamais, perdu. C’est plus qu’organique, c’est comme une loi universelle, s’appliquant aussi bien aux objets inertes ; c’est, littéralement, entropique. À quelqu’un qui est à ce point persuadé du caractère inéluctable de tout déclin, de toute perte, l’idée de réaction ne peut même pas venir. Si un tel individu ne sera jamais réactionnaire, il sera par contre, et tout naturellement, conservateur. Il considèrera toujours qu’il vaut mieux conserver ce qui existe, et qui fonctionne tant bien que mal, plutôt que de se lancer dans une expérience nouvelle. Plus sensible aux dangers qu’à l’espérance il sera pessimiste, d’un naturel triste, et en général facile à vivre.»

A propos du livre Ennemis publics, extrait de l'Opinion Indépendante, 10/10/2008, Christian Authier