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dimanche 30 octobre 2011

La vie continue

J'ai pensé dernièrement à plusieurs nouvelles que je pourrais rédiger à la manière de Borgès. L'une d'elle raconterait les angoisses d'un français dont un ami a emménagé en un endroit qui se situe à proximité de l'épicentre d'un tremblement de terre qui vient juste de frapper. Il essaie de le contacter par mail. Or, il est de notoriété que son ami n'a jamais eu pour habitude de rédiger ou répondre aux courriers. Lui est inquiet cependant que les autres amis s'épargnent ces soucis, n'étant pas pour quelques-uns, au courant de ce lointain tremblement de terre ou pour d'autres, certains, qu'il ne faut jamais s'inquiéter de ses absences de réponses. Qui a raison?
Il n'y aura pas de réponse.

mardi 23 août 2011

Google achète Motorola

C’est la grande nouvelle des derniers jours : Google a fait l’acquisition du fabricant de mobiles Motorola pour le prix exorbitant de 12,5 milliards de dollars. La grande question est de savoir pourquoi un tel achat ?

Même si les fonds déboursés sont bien supérieurs à la valeur réelle de Motorola, Google met la main sur un véritable trésor composé de 17 000 brevets. Ces derniers ont une valeur difficilement quantifiable si ce n’est en termes de positionnement stratégique : c’est tout simplement une véritable caverne d’Ali Baba ! En effet, pour se lancer sur le marché concurrentiel des mobiles et éviter de se casser les dents, comme par exemple avec le Nexus, Google a besoin de ces licences et de ce savoir-faire qu'il n’aurait pu acquérir qu’au prix de lourds investissements en recherche et développement. Le deal n’est donc pas si mauvais !

Et ensuite ? Tout bon observateur tendrait à répondre que l’iPhone d’Apple est tout simplement dans le collimateur de Google. La société de Moutain View détient à présent Android, Skype et Motorola, c’est à dire un OS pour mobile performant et largement distribué, un réseau de VoIP avec une clientèle déjà existante et enfin un constructeur de mobiles de grande expérience. Difficile de ne pas deviner ce que prépare Google…

Vincent Papaleo

lundi 2 mai 2011

A la recherche d'un hippie dans sa voiture

Dans le cadre de ma semaine consacrée aux bienfaits de l'automobile, je recherche dans Vice caché, la citation sur "le réflexe californien", peut-être ça vous dira quelque chose. Imprévoyant comme je suis je n'ai pas noté la page et je ne la trouve plus. Internet peut m'aider, j'ai trouvé une ressource intéressante : un wiki sur le livre. Je vais fureter, c'est ici.

mardi 6 octobre 2009

Péage sur les autoroutes de l'information

Les abonnés de tout pays de l'hebdomadaire britannique The Economist ont reçu un mail dans lequel était énoncé que désormais la consultation des articles sur le site internet ne serait permis qu'aux seuls abonnés, pour les autres, ce sera payant. Le magazine met fin à une politique qui consistait à mettre en ligne l'intégralité des éditions, sans que j'en comprenne bien les motifs par ailleurs. Comme le Wall Street Journal, il y quelques semaines, c'est au tour d'une des sommités de disparaître du monde de la gratuité virtuelle. La révolution internet balbutie ses business plans. La joyeuse anarchie de la toile s'estompe laissant place nette à l'ordre mercantile. La gratuité était une folie inconsidérée. Disons-nous au moins que notre génération aura connu le vent de liberté des premiers temps des pirates du web.

"De mon temps, fiston, on trouvait de tout sur internet, des contenus incroyables, on s'échangeait des fichiers, on écoutait des retransmissions de conférences les plus obscures et les plus palpitantes, on créait même des réseaux sociaux, bon on s'insultait beaucoup aussi sans le savoir, j'avais mon petit blog, et on pouvait voir des vidéos de faits qu'on ne voulait pas montrer à la télévision, nous vivions notre Mai 68, le mai de ceux qui ont connu celui de 68 essaient de fliquer à coup de loi et de vigilance citoyenne."

mardi 9 décembre 2008

The Day Robert Metcalfe ate his words

En 1995, Robert Metcalfe, le grisonnant patron d'une puissante société spécialisée dans les équipements en réseaux, alarmait le grand public de la disparition d'internet devant advenir l'année suivante, lors de la ténébreuse année 1996. L'homme est pris au sérieux, il n'est pas un Paco Rabanne de supérette, il est l'inventeur de l'ethernet (que je ne m'aventurerais pas à décrire aujourd'hui). Il explique que l'internet souffrira d'un phénomène de "gigalapses" dans lequel on peut comprendre que les infrastructures ne pourront plus accueillir le trafic, en conséquence de quoi, l'internet sera inutilisable au grand désarroi de mon sournoise ignorance (en ce temps-là, je n'avais jamais entendu parler de la chose). Il promit qu'il mangerait ses mots, si sa prédiction s'avérait fausse. En 1997, l'homme se présenta devant un auditoire impitoyable, déchira l'article dans lequel il s'était majestueusement trompé, voulut le mélanger à un cake pour l'ingurgiter. L'auditoire, qui n'avait pas inventé l'ethernet, protesta vigoureusement contre l'allégement de la peine. Il le but. Car, déjà, il fut un temps, où on ne badinait pas avec les déclinologues, ma petite dame.

Eating my Collapse Column



jeudi 31 juillet 2008

un cas concret de politique industrielle : le choix de la fibre optique

Extrait de mon journal économique de comptoir du jour:

Dans une tribune du « New York Times », subtilement intitulée « French Connection », l'économiste Paul Krugman faisait récemment l'éloge du « modèle français » de l'Internet haut débit : un équilibre délicat entre compétition et régulation qui a produit des résultats spectaculaires en termes de prix et de débit (trois fois plus élevé qu'aux Etats-Unis). Et Paul Krugman de rappeler que la France était, à l'inverse, très à la traîne des Etats-Unis au début des années 2000 (pénétration américaine quatre fois supérieure alors).

Cet équilibre est pourtant menacé sous l'effet d'une concentration exacerbée : disparition de Cegetel, AOL, Club-Internet, certains n'hésitant pas à ajouter Alice et Free à la liste, par anticipation. Le « modèle » finirait ainsi en une compétition sans compétiteurs... Triste issue pour les consommateurs (diversité d'offre réduite, prix plus élevés...) et pour la collectivité (frein à l'innovation et à la création de richesses associée). Or cette concentration intervient au moment où se profile une nouvelle frontière, celle du « très haut débit », qui implique le déploiement de réseaux en fibre optique, avec des investissements chiffrés non plus en centaines de millions, mais en milliards. La logique de concentration en sera mécaniquement exacerbée.

Certains Etats avancent malgré tout. Les pays scandinaves, les Pays-Bas ou l'Italie ont des déploiements du très haut débit plus avancés que la France. Mais, surtout, une « Asian Connection » est en train de se constituer : en Corée du Sud, à Hong Kong ou au Japon, les internautes sont connectés en masse via la fibre optique, dont l'usage se banalise totalement. C'est notamment le cas de plus de 10 millions de Japonais, soit bientôt plus que le nombre d'usagers d'une ligne DSL dans ce pays. L'histoire bégaie : les Asiatiques ont également de l'avance dans la téléphonie mobile de troisième génération, alors que les Européens avaient été pionniers de la génération technologique précédente (avec le GSM).

Pour réinventer le modèle français et éviter la menace d'une compétition sans compétiteurs, la création d'un réseau de la fibre de France est une piste. Une telle entité pourrait opérer sous statut de délégation de service public, sous contrôle du régulateur, et être ouverte à l'ensemble des investisseurs potentiels, privés et publics. On retrouve l'idée des « autoroutes de l'information », sauf qu'au lieu d'en faire l'apanage d'un acteur, il s'agirait de mettre en commun les moyens du secteur. Les avantages sont évidents : maximiser le déploiement en évitant le gaspillage des ressources et éviter une hyperconcentration par la sortie du marché des acteurs qui animent la concurrence en prix et en innovation. Autrement dit, cela permettrait de sortir de l'impasse actuelle qui interdit d'avoir à la fois, pour l'avenir, le bon réseau et des acteurs économiques aptes à y proposer des services.

PATRICE GEOFFRON, professeur à l'université Paris-Dauphine (Les Echos du 31 juillet)