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mardi 3 avril 2012

L'humour roi

Alain Finkielkraut s'est à de nombreuses reprises élevé contre une certaine tyrannie des comiques qui envahit les médias. Il a dénoncé une forme d'humour conformiste qui rabaisse en moquant ou insultant ceux qui ne pensent pas selon une ligne de conduite tracée par la "bien-pensance" (entre guillemets). Ce serait, si j'ai bien compris, un rire mesquin et agressif hissant du rang de comique au piédestal de procureur celui qui s'en gargarise. Je me souviens d'un article du journal Le soir (très précieux, ce journal, car il affirme naïvement les manières de pensée sans les nuances et circonvolutions à double-bandes des professionnels du "chocage" français) dont le titre était "les humoristes, ces nouveaux éditorialistes". Ce qui, d'une part, n'est pas très aimable pour les journalistes qui se donnent beaucoup de mal à être des intellectuels quitte à délaisser le terrain, mais illustre bien le nouveau rang de l'humour qui reprend la bannière de la résistance, de l'insoumission et de la hauteur critique. Même si je n'aime pas trop le mélange des genres, je n'ai pas d'opinion bien arrêté sur le sujet. L'émission, Répliques, diffusée samedi, qui avait pour invité celui qui écrit les textes de Laurent Gerra (que je trouve pertinent et drôle dans les imitations de Sarkozy, Bayrou, Delanoë, Rocard ou Jack Lang) pourrait nous informer sur la question.

samedi 6 août 2011

Répliques en 2010-2011

Comme chaque année, Finkielkraut profite du mois d'août pour se reposer. Son émission propose pendant cinq semaines une rediffusion de celles qu'il considère les meilleures. Nous aurons le plaisir de réentendre des émissions aux teintes littéraires qui sont les plus riches et les plus passionnées. Les émissions aux sujets politiques ou sociologiques ont déçu, la plupart étant polémiques et trop proche de l'actualité. Hormis ce fait, cette saison 22 ou 23 aura été une bonne saison. Je retiendrai Kolakowski éducateur, Gracian, éducateur, Ortega y Gasset, Jean de la Fontaine, Faut-il être catastrophiste?, la lecture dans la vie, Kundera dans la Pléiade, Voltaire et Nietzsche, l'empire de la compassion, le regard politique de Pierre Manent et la carte et le territoire.

mardi 5 avril 2011

On a poussé mamie dans les orties

On s'est bien amusé ce matin sur les chemins de la connaissance. Dans l'esprit potache qui en fait sa moderne marque de fabrique, l'émission de R.Enthoven s'est plu à mélanger les genres dans un relativisme sadique qui fit cohabiter Finkielkraut, l'invité au titre de "mécontemporain" du moment qu'on espère aigrir davantage et des chansons de hip-hop, du rock honni et Publicités de Gotainer. S'imagine-t-on à la préparation du programme les gaussements de nos amphitrion si prompts à choquer le "réac", nouveau bourgeois antimodèle? Je le crois, tant ce sont efforcés nos parvenus du micro à insister sur l'archaïsme de notre intellectuel du samedi. Cela faisait penser aux insistances de Demorand qui en bon journaliste insolent, voulait à tout prix que Finkielkraut avoue qu'il est de droite. La même technique de harcèlement, la même volonté d'exaspération.

mardi 25 janvier 2011

Qui l'eut cru 2011

Dans l'émission radiophonique, Répliques, qui avait pour thème les fables de la Fontaine, ont été mentionné les noms de J.J. Goldman et A.Souchon. Qui l'eut cru?

samedi 8 janvier 2011

Mi-saison

Répliques, l'émission que Finkielkraut tient le samedi matin, est un peu sur France Culture, comme l'église au milieu du village. La station publique a tant changé, bouleversé, révolutionné sa grille pour entrer de plein-pied tous les jours dans la modernité et l'actu, qu'on s'étonne de voir subsister ce programme après vingt-deux années de loyaux services. Cette année pourtant, j' y ai été moins fidèle, l'émission n'avait pas le même intérêt, oscillant entre le quelconque et le rebattu. Ce qui ne vaut pas, même à l'heure de la ballododiffusion et du culte de la personnalité, de se lever dès potron-jacquet. Hormis les entretiens avec Houellebecq, aimable discussion et Pierre Manent, les émissions ordinaires avaient un goût ordinaire avec les invités très présents (Ferry, Bruckner, Julliard, Reynié, Glucksmann, etc...) et des thèmes ressassés (populisme, guerre d'Irak, Sarkozy,etc...). Les rediffusions n'étaient même pas celles d'émissions marquantes. Un producteur en petite forme qui me semble-t-il néglige son émission. Toutefois, le programme des semaines à venir s'annonce plus roborative, Finkielkraut se recentre sur la littérature pour des émissions espérons-le, érudites et instructives.

vendredi 2 juillet 2010

"Crime de lèse-diversité", l'expression est de Finkielkraut



Notre ami Finkielkraut s'explique sur l'équipe de France, l'esprit des cités, le syndrome Domenech, le climat de cruauté et dérision.

Je n'aime pas trop qu'il s'implique dans des faits divers et l'actualité. Il se livre à la critique facile de ses détracteurs, "philosophe à la petite semaine", etc... Mais sa voix reste toujours précieuse et éclairante.

samedi 13 mars 2010

Faut-il avoir peur de la Chine?

Répliques, l'émission du 13 mars

La Chine est devenue le premier exportateur du monde, elle est l'atelier, le laboratoire, la ferme et la banque du monde. Elle prend place dans le concert des nations sans y respecter les règles du jeu. Faut-il avoir peur de la Chine?

L'exemple de son développement est inédit. Un système léniniste cohabite avec un capitalisme sauvage. L'émergence d' un illiberal capitalism trouble les économistes, autant qu'elle inquiète les experts politiques. Certains, résignés, se demandent même si elle n'a pas trouvé la bonne formule. De là naît l'idée de dévitalisation de notre modèle démocratique qui n'a plus foi en elle-même récusée par l'arrogante réussite. Un pays sans scrupule profite de son statut d'économie dérogatoire sans respecter les droits de l'homme, il se fige sur un projet nationaliste qui obère le système international (elle se place du côté des Etats voyous et est sourde aux pressions internationales). Les questions qui tourmentent nos invités : Ce développement est-il socialement soutenable et dans quelle mesure la Chine est-elle potentiellement agressive?

vendredi 22 janvier 2010

Eclipse de l'inculture

Samedi dernier, l'émission radiophonique avait pour thème L'éducation sentimentale, et chose difficilement croyable, il se trouve que, pour une fois, j'avais lu le livre dont il a été largement question. Bien sûr, j'ai dodeliné de la tête à chacune des remarques qui me renvoyaient au coeur de ma rêverie satisfaite les images et les paysages mentaux du roman. D'habitude, une fois l'émission terminée, je cours acheter des livres évoquées que je liraient peut-être. Il fait bon, parfois, d'être un peu moins inculte.

samedi 9 janvier 2010

La conscience écologique

Répliques, émission du 2 janvier

Une communauté épistémique mondiale, un réseau de scientifiques et d'experts partageant les mêmes vues sur les dégradations de la planète, propose l'instauration de nouvelles normes collectives de gestion des problèmes environnementaux. L'évidence de leur constat a redéfini une autre base politique, juridique et morale qui se plaçe au-dessus de l'intérêt des États-Nations. On peut donc dire qu'il existe une conscience écologique. Quels obstacles doit-elle surmonter pour que les intentions rejoignent l'action?

L'homme peut être pris d'inquiétude. Si des siècles durant, il a dû lutter pour assumer le destin de sa finitude, il doit maintenant composer en plus de la limitation temporelle avec une limitation spatiale. Il s'aperçoit que l'habitat qui l'accueille peut se dégrader, disparaître avant lui. Sa puissance prométhéenne est limitée dans la durée et dans l'espace, désormais. Il doit en conséquence imaginer un changement de pensée radical de l'auto-limitation, à cause notamment de l'épuisement des ressources et de la démographie accablante. L'expansion doit comprendre la pénurie. Mais la conscience écologique se heurte dans un premier temps aux intérêts de court terme des mandats électoraux qui ne peuvent prendre en compte des tendances s'exprimant dans la durée. De surcroît, l'homme, sur le modèle de développement occidental, raisonne sur le mode optimiste dans la mesure où la technique qui a procuré son épanouissement, est sensée résoudre les problèmes. C'est la croissance qui a assuré la satisfaction de ses besoins. Il est très difficile de revenir sur ce paradigme efficace et de se détourner du rapport production-consommation. L'homme a domestiqué la nature, a exploité les ressources, a conquis des territoires, s'est développé puis s'est épanoui, c'est ce rapport au monde (Welt) qu'il doit remettre en question. Est-il prêt à être drastique?

Les deux invités se sont beaucoup préoccupés de la démographie, dont l'évolution est "le premier des problèmes", j'en ai quelque fois parlé, autour de moi, mais ce ne semble pas être une inquiétude partagée. Cette discussion entre le scientifique et le poète est passionnante, leurs visions du monde se complètent et se rejoignent.

La conscience écologique, Répliques, émission du 2 janvier

Avec Michel Deguy, poète-philosophe et André Lebeau, géophysicien et ancien directeur général de Météo France

lundi 28 décembre 2009

Le retour de Marx

Répliques du 5 décembre

Alors que nous assistons simultanément à la commémoration de la chute du mur de Berlin et à la résurrection d'une crise financière destructrice de richesse, il semble que s'immisce dans cet interstice un regain pour la pensée de Marx. Si la réalisation d'une bureaucratie collectiviste et autoritaire a entraîné derrière nous un désastre sans commune mesure, que certains perçoivent comme une dénaturation de la pensée marxiste, loin est le temps où le capitalisme était le système triomphant et sans alternative. Avec la crise, on perçoit la volonté d'une limitation de l'économie moderne dont l'irrationalité inquiète. Que peut apporter Marx? Le débat que nous proposait Alain Finkilekraut réunissait un marxiste M.Löwy et l'excellent P.Raynaud, bon et honnête connaisseur des pensées d'extrême-gauche. Pour l'un, le marxisme demeure une irréfutable critique du système, toujours d'actualité, et dont il convient de réecrire une radicalité écologique, pour l'autre, le marxiste n'apporte aucune solution alternative viable, tant du point de vue politique ( quid du compromis démocratique d'enrichissement de tous sous condition de croissance ? liberté et croissance), économique et écologique (le marxisme est productiviste). Le socialisme des pays de l'est n'apparaît sous cet angle comme un capitalisme sans liberté entravé. Les deux systèmes ne proposent donc pas des forces de limitation, " les philosophies de l'histoire n'a fait que la transformer, il convient de l'épargner". A la lumière de ces citations apparaît avec force les arguments du conservatisme.

"En brisant le cadre précapitaliste de la société, le capitalisme a donc rompu, non seulement les barrières qui gênaient ses progrès, mais encore les arcs-boutants qui l’empêchaient de s’effondrer". J. Schumpeter, Capitalisme, socialisme et démocratie, Payot, 1961.

lundi 14 décembre 2009

Le croisé cathodique

L'inarrêtable Cohn-Bandit se démène beaucoup sur le front médiatique. Il est très, très colère contre le résultat du référendum suisse qui a fait couler beaucoup d'encre d'où dégoulina un flot d'indignation. "Il faut revoter"; comme on l'a fait pour le traité de Lisbonne et comme, il semble qu'on le fasse, lorsque le vote n'est pas conforme. Il a dit que la démocratie pouvait ne pas avoir raison et il a à de nombreuses reprises parlé de l'Allemagne de 1933, dont le peuple aurait démocratiquement confié les rênes du pays aux Nsdap. J'aimerais faire une précision que nombre de journalistes auraient pu émettre. Hitler n'a pas été porté au pouvoir par le peuple.

Le livre d'AlainF a connu un certain succès et a été l'objet de beaucoup d'émissions. On peut penser qu'il a été lu par les maîtres d'œuvre de ces dites-émissions. S'ils l'eussent fait attentivement, peut-être auraient-ils tenu compte de la lecture que fait Finkielkraut d'un beau livre, poignant, d'une certaine hauteur d'âme, Histoire d'un allemand, de Sébastian Haffner. Ils auraient remarqué et passé le message d'un fait historique non-négligeable. Hitler devient chancelier en janvier 1933, alors que son parti n'était pas en tête des élections législatives. Il était même en perte de vitesse puisque ses suffrages réunissaient 33,1% du corps électoral au lieu de 37,3% en juillet. Il a perdu deux millions de voix sur un total de 17 millions en quatre mois. Il a été nommé par von Hindenburg à la suite de tractations et d'aveuglement d'une partie de la classe politique. Par ailleurs, ce furent bien des députés français qui ont confié à Pétain les pleins pouvoirs (la loi dite constitutionnelle). Les approximations martelées par Cohn-Bendit méritent quelques corrections. Il y a donc là quelques mythes bien commodes, quelques faussetés utiles pour la classe politique. Je n'aime pas beaucoup ces basses manœuvres de simplifications. Comme l'a écrit Orwell, dans 1984,"Qui contrôle le passé, contrôle le futur ; qui contrôle le présent, contrôle le passé", les sorties du député confirment son embarras de la démocratie, moi, elle me "rappelle lez-heures-les-sombres" et même d'une certaine démogogie anti-populiste, si vous me permettez cette contorsion mentale.

source: wikipedia; hérodote

jeudi 19 novembre 2009

Un coeur intelligent



Un va-et-vient entre l'actualité et la sagesse.

"Tandis que, en lieu et place des grandes batailles auxquelles il se préparait, don Quichotte était régulièrement confronté à la trivialité de la réalité tangible, c'est la trancendence du réel, son étrangeté irréductible qui déconcertent le donquichottisme de Jim.[...] Cervantès inaugure le roman moderne au sens que lui donne Hegel d'un conflit entre la poésie du coeur et la prose des circonstances"
. A propos de Lord Jim, Un coeur intelligent, A.Finkielkraut, p.195

dimanche 8 novembre 2009

Un coeur intelligent

Dans Un coeur intelligent, Alain Finkielkraut réunit en neuf chapitres sa lecture personnelle de livres qui l'ont marqué. Si l'intellectuel démontre une certaine forme de rancune envers notre époque, force est de constater qu'il se rattrape dans les exercices d'admiration littéraire. Au constat de notre temps post-littéraire, il tient à montrer en dépit des croyances qui courent que la littérature peut être riche de leçons et d'apprentissage, qu'elle peut délivrer des clés de compréhension, qu'elle peut changer un homme. Il revient donc sur ces livres, la plupart des romans, qu'il replace dans un contexte général et personnel. Parmi les neufs livres choisis, j'en ai lu par le passé deux, Histoire d'un allemand et La tâche, conseillé que je fus par Finkielkraut lui-même, dont j'apprécie à travers ses émissions notamment la finesse et l'enthousiasme de lecteur. Finkielkraut a participé avec fougue aux événements de mai 68, l'intelligentsia progressiste de l'époque a modelé ses premières aventures intellectuelles, on s'aperçoit que ces lectures ont permis de le tempérer et de faire de la modération un principe de vie. mêdén ágan, "rien de trop". C'est devenu ma devise.
Ici, il entend démontrer que la littérature permet la juste mesure entre l'émotion et la raison.

vendredi 23 octobre 2009

mercredi 14 octobre 2009

Alain Finkielkraut

Cher ami,

J'ai reçu ton texto et te remercie d'avoir pensé à moi à l'écoute d'Alain Finkielkraut.

Il est pour moi celui qui m'a donné envie de lire Péguy, Pasternak, Ricoeur, Arendt, R. Camus, Roth, la princesse de Clèves, Baudrillard et fait connaître Sloterdijk, Safranski, Mendelssohn, Mendelstam, Toulet, Chateaubriand, Hafner, Grossman, Kundera, tant d'auteurs ignorés par l'université et qui me permet d'avoir une petite culture qui peut faire de moi un honnête homme. Je n'aime donc pas qu'on le traite de clown. C'est un phare formidable, un passeur, pour qui je voue de la gratitude et de la reconnaissance. Des professeurs allemands ont confirmé l'excellence de la défaite de la pensée, livre célébré par bien des universités. Peut-être est-il trop intempestif concernant l'actualité, mais cela m'est égal puisque je me moque des thèmes d'actualité et les sujets brûlants me laissent froids, ce ne sont pas mon fond de commerce. Cependant, je constate qu'il n'est pas tout à fait à côté de la plaque à propos du conflit yougoslave, de l'inquiétante extase d'internet, des dérives du système éducatif ou du racisme anti-français. Peut-être sont-ce les raisons de ce déferlement de haine dont il est objet et qui peuvent saisir des amis qui me sont proches. Je leur recommande d'écouter les émissions qu'il anime depuis vingt ans, ce sont des puits de savoir et d'hauteur intellectuel et contre laquelle les détracteurs sont bien en peine d'opposer une disputatio autre que l'insulte ou le ricanement. Certes il ne participe pas à la célébration du présent, néanmoins, nous sommes nombreux à apprécier notre temps au motif de sa seule présence.

dimanche 5 juillet 2009

Les rediffusions de Répliques

Comme chacun le sait, Alain Finkielkraut prend congé tous le mois d'août. Un repos bien mérité, d'autant plus qu'il a été absent longuement en raison d'une maladie. Pour ne pas que l'auditeur fidèle reste sur sa faim, la station propose une sélection de quatre des meilleures, ou que l'animateur juge parmi les quatre meilleures, émissions de la saison, la vingtième-unième. Cette année, nous pouvons redécouvrir avec plaisir : L'héritage de Soljénitsyn (excellent choix), Qu'est-ce qu'être de gauche aujourd'hui? (intéressant pour découvrir la pensée de Salanskis), Le dernier cours de Foucault (que je n'ai jamais entendu) puis, une émission intitulée D'autres vies que les leurs, avec les grands écrivains Emmanuel Carrère et Pierre Michon. Lors de cette saison, que j'ai pu hélas suivre que parcimonieusement, il y eut pléthore d'émissions passionnantes qui méritèrent l'honneur d'une rediffusion. Je pense évidemment aux émissions littéraires (sur Toulet, sur Céline, sur Conrad) ou plus circonstancielles (sur Darwin, sur Durban, sur la bioéthique).

dimanche 17 mai 2009

George Orwell et le concept de décence ordinaire

J'ai écouté d'une oreille distraite une des émissions Répliques qui est encore présente sur la page d'archives du site de l'émission. Elle était très attendue, puisqu'elle se penche sur un concept qui rencontre un certain succès de nos jours, alors que son auteur ne l'a pas explicitement défini et développé; exposé. Il s'agit de la common decency chez l'écrivain George Orwell, considérablement connu pour son oeuvre littéraire (1984) et politique (La ferme des animaux). Cette « décence commune », ce « sens commun » peut être vu comme l'’instinct des lignes de séparation entre le bien et le mal, un sens inné du juste et de l'injuste qui conduit à refuser le "mal agir". C'est par cette définition proposée par Brice Bégout, invité et auteur de l'essai de la décence ordinaire que s'ouvre le débat. A travers un certain nombre de valeurs qui "vont de soi", nourries par la dignité élémentaire des gestes simples, les classes populaires s'arment d'un bon sens, "une texture" qui leur permettrait de résister aux hégémonies, qui sont chez Orwell le totalitarisme et l'aveuglement des élites et intellectuel-l-e-s qui le justifie et pour Bégout, la technique, l'Etat ou le marché, soit des forces suprastructurelles dissolvantes. Ces valeurs sont entre autres la civilité, la solidarité, l'hospitalité, le formalisme, la mesure, l'effort et la collectivité. L'essentiel de ce débat auquel participe aussi le subtil Jacques Dewitte en sa qualité d'auteur de Le Pouvoir de la langue et la liberté de l’esprit, essai sur la résistance au langage totalitaire, tourne autour des raisons pour lesquelles cette décence ordinaire serait bafouée, mise à mal. Brice Bégout soutient justement qu'elle s'oppose à l'indécence des élites, des parvenus et évoque sans le nommer le président Sarkozy, mais ce n'est pas important. Finkielkraut est davantage précis lorsqu'il cite l'exemple des téléphones portables, des comportements d'indifférence qu'il induit, car par la manifestation de son usage en public, l'homme est en posture cynique qui le coupe et le désorganise. Parallélement, il insiste sur la révolte contre les formes, inhérent à l'analyse tocquevilienne. Je suis très intéressé par l'expression des valeurs populaires. Je me souviens que la pudeur était une des caractéristiques des gens du peuple, une modestie qui traduisait la conscience d'être ce qu'ils sont et de ne pas l'imposer, à l'inverse du "soi-mêmisme". Par exemple au tribunal ou devant les journalistes, il était souvent entendu cette phrase "....pardonnez moi l'expression". Il ne viendrait jamais à l'esprit de Sarkozy, d'un ministre, d'un acteur du "show-biz" de s'excuser pour une désinvolte vulgarité, que leur statut de privilégié permet d'exprimer sans honte, cette arrogance est indécente. Je pense parfois à Jean-Louis Borloo dire "j'ai les boules". Lui peut, un enfant d'ouvrier ne pourra jamais l'écrire dans sa copie du bac. Désormais, cette pudeur est totalement humiliée, violée par la célébration de la victime ("victime de discrimination"," famille des victimes", etc...), l'exhibitionnisme encouragé (téléréalité, être soi-même, société du spectacle), l'éthique de l'argent. Il a été question dans cette émission du ricanement des intellectuels, je me demande jusqu'à quel point les intellectuels (organiques? les élites petites-bourgeoises?) sont contre le peuple, jusqu'à quel point ils veulent le dissoudre. Dès lors, je suis obligé de m'interroger sur les effets du libéralisme. A venir

mercredi 18 mars 2009

Pourquoi Céline?

Comme souvent, lorsqu'il est question de littérature, l'émission Répliques fut excellente. Le producteur Finkielkraut tirait profit de la parution d'un essai de Paul Yonnet qui y retraçait son parcours de lecteur. Celui-ci prit son commencement avec la lecture du Voyage au bout de la nuit, livre dont la tension, "le crépitement noir" lui firent une durable impression. J'ai moi aussi comme beaucoup d'autres éprouvé beaucoup d'admiration adolescente pour le roman et comme l'invité, je ne jurais que par lui. Parce qu'il exprime la douleur d'exister, la révolte contre l'ordinaire, je pense que l'adolescence est le bon moment pour le lire, on entend bien, à cet égard, que l'autre invitée, Claude Habib, l'a lu trop tard. Je dirais que le voyage... est un bon combustible pour l'adolescence. On le vit, il ne doit pas être cette curiosité qu'on visite poliment. Alain Finkielkraut retient pour sa part l'acuité du regard et le talent grandiose à faire vivre les descriptions, comme celle du crépuscule africain que vous pouvez lire plus bas.
Plusieurs idées stimulantes parcourent l'émission, "le Voyage est-il un livre pour les femmes?", peut-on parler comme Trotsky, en son temps, d'un "désespoir sincère qui se débat dans son propre cynisme", l'anti-kitsch systématique de Céline est-il trop simple? ("il ne suffit pas de rabaisser un homme pour le connaître", Alain), "Un livre anarchiste?". Puis, j'ai été amusé lorsque Claude Habib cite "la France qui ne se lave pas les pieds" selon Céline. J'ai toujours en mémoire la version de Drieu, qui évoquait la France de l'apéro et des pêcheurs à la ligne. Dans l'imaginaire de notre temps, nous connaissons tous la France d'en-bas du flegmatique et peu poétique Raffarin Jean-Pierre, j'en reste pour ma part à la France qui promène son chien que je m'attribue et dont les lecteurs dévoués de ce weblog ont peut-être relevé les occurrences. Je charge mon ami N.V. de nous trouver plus juste maxime. Et d'ailleurs, tant que nous tenons N.V., j'aimerais ses lumières sur l'antisémitisme de Céline, expliqué par l'invité (nation contre race) qui sont d'un grand intérêt. A vous.


Les citations:

Vivre tout sec, quel cabanon ! La vie c'est une classe dont l'ennui est le pion, il est là tout le temps à vous épier d'ailleurs, il faut avoir l'air d'être occupé, coûte que coûte, à quelque chose de passionnant, autrement il arrive et vous bouffe le cerveau.
Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit


Figurez-vous qu’elle était debout leur ville, absolument droite. New York c'est une ville debout. On en avait déjà vu nous des villes bien sûr, et des belles encore, et des ports et des fameux mêmes. Mais chez nous, n'est-ce pas, elles sont couchées les villes, au bord de la mer ou sur les fleuves, elles s’allongent sur le paysage, elles attendent le voyageur, tandis que celle-là l’Américaine, elle ne se pâmait pas, non, elle se tenait bien raide, là, pas baisante du tout, raide à faire peur.
Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit


Les crépuscules, dans cet enfer africain, se révélaient fameux. On n'y coupait pas. Tragiques chaque fois comme d'énormes assasinats du soleil. Un immense chiqué. Seulement, c'était beaucoup d'admiration pour un seul homme. Le ciel, pendant une heure, paradait tout giglé d'un bout à l'autre d'écarlate en délire, et puis le vert éclatait au milieu des arbres et montait du sol en traînées tremblantes jusqu'aux premières étoiles. Aprés ça, le gris reprenait tout l'horizon et puis le rouge encore, mais alors fatigué le rouge et pas pour longtemps. Ca se terminait ainsi. Toutes les couleurs retombaient en lambeaux, avachies sur la forêt comme des oripeaux aprés la centième. Chaque jour sur les six heures exactement que ça se passait.
Et la nuit avec tous ses monstres entrait alors dans la dance parmi ses mille et mille bruits de geules de crapauds.
La forêt n'attend que leur signal pour se mettre à trembler, siffler, mugir de toutes ses profondeurs.
Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit


Proust, mi-revenant lui même, s'est perdu avec une extraordinaire ténacité dans l'infinie, la diluante futilité des rites et démarches qui s'entortillent autour des gens du monde, gens du vide, fantômes de désirs, partouzards indécis attendant leur Watteau toujours, chercheurs sans entrain d'improbables Cythères. (je n'ai pas les références).


L'émission est en écoute ici (pendant peu de temps encore, dépêchez-vous).



dimanche 25 janvier 2009

Paul-Jean Toulet

Question préjudicielle : l'homme Toulet mérite-t-il à être connu? Véritable concentré des préjugés de son époque, l'homme, assurément nonchalant se révèle être mystérieux, où derrière sa misogynie se cachait sa terreur des femmes intelligentes, où derrière une existence bohème et gâchée, l'homme a su livrer une œuvre qui s'élève au-dessus des lieux communs de sa caste. Probablement par son génie poétique, par son humour, son pince-sans-ririsme,"-Pensez-vous que je deviens vieille? Comme je m'apprêtais à ne pas répondre, on vint annoncer ...", par son talent pour la syntaxe, le poète de la brisure, comme le surnomme Renaud Camus ravit les fétichistes de la phrase. Claudel louait l'allure élégante et désinvolte de ses vers. L'homme a ruminé une vie idiote de Pau à Paris, nègre inutile de Willy, joueur de poker souvent ivre, tireur à la ligne; dix ou douze des plus beaux poèmes de la langue française sont sortis de sa plume.

samedi 24 janvier 2009

Prends garde à la douceur des choses

Réveil

Si tu savais encor te lever de bonne heure,
On irait jusqu’au bois, où, dans cette eau qui pleure
Poursuivant la rainette, un jour, dans le cresson
Tremblante, tes pieds nus ont leur nacre baignée.
Déjà le rossignol a tari sa chanson ;
L’aube a mis sa rosée aux toiles d’araignée,
Et l’arme du chasseur, avec un faible son,
Perce la brume, au loin, de soleil imprégnée.
P-J. Toulet



Aujourd'hui, chers amis, ce fut une excellente journée de fin de semaine, comme le créateur s'eût plu à les faire s'Il s'était aidé du concours de l'homme. L'abus de vin de la veille m'avait desséché la bouche, un pinot noir de Bourgogne et un vin noir de Cahors s'y étaient épaissis, j'avais soif derechef. A l'aube, je ne voulais plus me recoucher. J'attendais l'émission de Finkielkraut, qui n'allait pas me décevoir, car ses émissions qui traitent de littérature sont les plus remarquables, en effet. Ils ont lu de la poésie à l'antenne, c'était gracieux, érudit, courtois, délicat dans l'humilité, jouissif dans le savoir, la culture avec un grand C. Par la suite, je me suis procuré un magazine (assez vulgaire) qui traitait de musique classique et évoquait Luther, qui reviendra plus tard sur mon chemin. Bien sûr, un samedi n'aura pas toute sa saveur si nous manquons Petitrenaud, qui encore une fois nous offrait une roborative émission de bonne tenue, où il était question de vins, d'agneau et de tapenade, à se taper la tête contre les murs recouvert de sang de végétariens étripés (je plaisante). A l'image d'un furieux couple moderne, Elle s'est mise en tête de commencer un puzzle reproduisant une peinture de Brueghel, pendant que je gonflais les watts des Lieder de l'ami Schubert, passé prendre l'apéro. Puis nous ponctuâmes cette délicieuse journée par une soirée au théâtre, où assistant à Erasme et Pantagruel, je suivais en même temps à mes côtés l'hilarité d'une très vieille dame riant de bon cœur (fragile) des dérapages rabelaisiens ("Lacrima Christi", ah!). Contrairement à ce que je craignais, la pièce n'était pas un simple dialogue entre Erasme et Rabelais, mais une joyeuse mise en scène montrant de quelle manière le frustre et délirant Rabelais s'était inspiré de l'austère et élitiste Érasme, dont il faisait passer sous l'apparence de l'exagération bouffonne les principaux messages.

Et demain, un orgue, au loin, se taira.