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mercredi 14 octobre 2009

Alain Finkielkraut

Cher ami,

J'ai reçu ton texto et te remercie d'avoir pensé à moi à l'écoute d'Alain Finkielkraut.

Il est pour moi celui qui m'a donné envie de lire Péguy, Pasternak, Ricoeur, Arendt, R. Camus, Roth, la princesse de Clèves, Baudrillard et fait connaître Sloterdijk, Safranski, Mendelssohn, Mendelstam, Toulet, Chateaubriand, Hafner, Grossman, Kundera, tant d'auteurs ignorés par l'université et qui me permet d'avoir une petite culture qui peut faire de moi un honnête homme. Je n'aime donc pas qu'on le traite de clown. C'est un phare formidable, un passeur, pour qui je voue de la gratitude et de la reconnaissance. Des professeurs allemands ont confirmé l'excellence de la défaite de la pensée, livre célébré par bien des universités. Peut-être est-il trop intempestif concernant l'actualité, mais cela m'est égal puisque je me moque des thèmes d'actualité et les sujets brûlants me laissent froids, ce ne sont pas mon fond de commerce. Cependant, je constate qu'il n'est pas tout à fait à côté de la plaque à propos du conflit yougoslave, de l'inquiétante extase d'internet, des dérives du système éducatif ou du racisme anti-français. Peut-être sont-ce les raisons de ce déferlement de haine dont il est objet et qui peuvent saisir des amis qui me sont proches. Je leur recommande d'écouter les émissions qu'il anime depuis vingt ans, ce sont des puits de savoir et d'hauteur intellectuel et contre laquelle les détracteurs sont bien en peine d'opposer une disputatio autre que l'insulte ou le ricanement. Certes il ne participe pas à la célébration du présent, néanmoins, nous sommes nombreux à apprécier notre temps au motif de sa seule présence.

vendredi 20 mars 2009

Le réverbère crochu

"Je suis né en mai. C'est moi le printemps. Destinée ou pas, on en prend marre de vieillir, de voir changer les maisons, les numéros, les tramways et les gens de coiffure, autour de son existence. Robe courte ou bonnet fendu, pain rassis, navire à roulettes, tout à l'aviation c'est du même. On vous gaspille la sympathie. Je veux plus changer. J'aurai bien des choses à me plaindre, mais je suis
marié avec elles, je suis navrant et je m'adore autant que la Seine est pourrie. Celui qui changera le réverbère crochu au coin du numéro 12 il me fera bien du chagrin. On est temporaire, c'est un fait, mais on a déjà temporé assez pour son grade". extrait de Mort à crédit.

C'est la phrase que Claude Habib lit en fin d'émission. Magnifique.

mercredi 15 octobre 2008

Le conservateur

Houellebecq revient sur le contresens consistant à voir en lui un réactionnaire, nouveau ou ancien, alors que son tempérament et ses pensées le porteraient vers une sorte de conservatisme critique, cher à Orwell – auquel d’ailleurs Houellebecq rend hommage en louant sa définition de la «common decency» (socle de valeurs morales élémentaires qu’Orwell prêtait aux gens ordinaires) : «s’il y a une idée, une seule, qui traverse tous mes romans, jusqu’à la hantise parfois, c’est bien celle de l’irréversibilité absolue de tout processus de dégradation, une fois entamé. Que cette dégradation concerne une amitié, une famille, un couple, un groupement social plus important, une société entière ; dans mes romans il n’y a pas de pardon, de retour en arrière, de deuxième chance : tout ce qui est perdu est bel et bien, et à jamais, perdu. C’est plus qu’organique, c’est comme une loi universelle, s’appliquant aussi bien aux objets inertes ; c’est, littéralement, entropique. À quelqu’un qui est à ce point persuadé du caractère inéluctable de tout déclin, de toute perte, l’idée de réaction ne peut même pas venir. Si un tel individu ne sera jamais réactionnaire, il sera par contre, et tout naturellement, conservateur. Il considèrera toujours qu’il vaut mieux conserver ce qui existe, et qui fonctionne tant bien que mal, plutôt que de se lancer dans une expérience nouvelle. Plus sensible aux dangers qu’à l’espérance il sera pessimiste, d’un naturel triste, et en général facile à vivre.»

A propos du livre Ennemis publics, extrait de l'Opinion Indépendante, 10/10/2008, Christian Authier