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mardi 21 octobre 2008

Le Grand Siècle eldorado

En entrant dans une salle de cinéma du centre-ville, qui porte le nom de grand Eldorado et qui dans un souci de conformité avec son sobriquet pare scrupuleusement l'immense salle de dorures kitsch et de fresques naïves alignant mythes empilées et foutraques, je me suis imaginé, toujours sous le charme tenace de la stupéfaction devant tant d'esthétique-toc, cette salle faisant l'objet dans quelques décennies, de visites touristiques et de pompes cérémoniales dûes à notre patrimoine. J'espère que cela n'arrivera pas, que les lambris s'affaisseront, s'écrouleront, de préférence sur un public belge, goguenard et reniflant, comme il a la coutume de le faire quand il s'affale devant un spectacle. Je verrai, si les choses tournent mal, dans ce futur des files de touristes, cultivés ou pas, devant "un monument" que j'avais jadis méprisé. Cela me fera bizarre. Mon fils, fauché comme son père, aura la chance d'occuper un emploi d'agent de médiation à l'intérieur de ce majestueux site. Déambulant entre les sièges pliables, il aura la louable tâche de "renseigner" le public pressé des vertus culturelles et des beautés artistiques de l'endroit, fleuron de la culture démocratique de notre siècle, "le Grand siècle eldorado", ainsi que l'aura nommé non sans malice le sage et toujours juvénile Jack Lang.

mardi 29 juillet 2008

les vigilants patrouillent (un peu partout des petits Martel essaiment)

Un blogueur, certainement plus malin que les autres, s’étonne que parmi une conseillère d’Etat, un Adjoint au maire de Paris pour les questions culturelles, un directeur d’une grande station radiophonique, personne ne remarque comme lui, sur la base d’un faisceau de citations hétéroclites, que le « bouquin », la grande déculturation de Renaud Camus est « un torchon méprisable ». Je tiens humblement à le remercier, j’ai lu en janvier une version de ce livre, disponible sur internet, et je ne l’avais nullement constaté, même -honte et repentance- l'avais trouvé excellent. Nul ne devrait mésestimer le rôle des vigilants.

Pour ma part, j'ai cru, et je m'en excuse, qu'il s'agissait d'un essai sur les effets de l'hyperdémocratisation dans la culture, donnant une suite aux réflexions de Tocqueville ou d'Hannah Arendt dans crise de la culture, mais, pas du tout, tout aveugle et naïf que je fus (pardon!) c'est paraît-il, un livre qui ne préoccupe que de "distinctions raciales" (j'avais rien vu venir).

Par exemple :

Cet effet dévastateur de la démocratie dans des domaines qui sont incompatibles avec elle est d'autant plus foudroyant qu'elle est, lorsqu'elle y intervient, plus étroitement assimilée à sa valeur centrale, l'égalité. Ni la famille, ni l'éducation ni la culture ne peuvent s'accommoder de l'égalité. Encore les deux premières, et surtout la seconde, l'éducation, n'exigent-elles, pour remplir leur fonction dans la société, que sa suspension provisoire et de convention : durant le temps de sa formation l'enfant n'est l'égal, par convention, ni de ses parents ni de ses maîtres ; cela n'attente en rien à la fondamentale égalité de droits entre les individus et entre les générations (tour à tour, à mesure qu'elles arrivent chacune à maturité). Mais la culture est sur ce point plus radicale, plus stricte en ses exigences et en ses exclusions — l'égalité n'y est pas suspendue pour un moment, le temps d'une enfance, d'une heure de classe ou d'une année d'études : elle y est frappée d'un défaut de pertinence fondamental et définitif. Répétons-le, la seule relation concevable entre égalité et culture, et elle est très indirecte, et totalement extérieure à la culture elle-même, c'est l'aménagement difficile, très difficile, presque impossible, mais certainement souhaitable, d'un égal accès à cette inégalité radicale, à ce lacis d'inégalités principielles, la culture.

Se cultiver, c'est se rendre inégal à soi-même. C'est aussi — mais ce point est déjà beaucoup plus difficile à faire admettre en société hyperdémocratique (laquelle n'est en aucune façon, précisons-le une fois de plus, l'achèvement suprême, le couronnement, l'épitomé de la démocratie politique, mais sa transplantation impérialiste dans des domaines qui lui sont étrangers), et d'ailleurs il n'est pas d'une importance primordiale, mais il est néanmoins incontestable — c'est aussi se rendre inégal aux autres, à ceux qui sont moins cultivés : non pas certes inégal juridiquement, mais culturellement ; non pas en droit, mais en esprit. Il n'était pas sans importance qu'on parlât jadis, et il est significatif que le terme soit à peu près tombé en désuétude, peut-être à cause des ses relations déplaisantes avec l'élevage, d'élever les enfants ; et d'enfants et de personnes plus ou moins bien ou mal élevés. J'aime mieux retenir les liens suggérés, ou mis en avant par le terme, avec l'élévation. Se cultiver c'est s'élever, apprendre à voir les choses et le monde de plus haut.








mercredi 25 juin 2008

bataille sur les ondes

Branchez vos écoutilles. Vers 17 heures, France-Culture organise aujourd'hui, sur ses ondes, un débat autour du livre de Renaud Camus, "la grande déculturation"avec l'écrivain en personne. Lui qui se plaint de n'être un bon debater devra affûter tout de même son élocution car il sera confronter au tenace Girard et au chef de la station, David Kessler, descendu de son estrade vers l'arène où l'ont poussé imprudemment Martel et Élisabeth Lévy au cours de passe d'armes que vous n'ignorez pas, plus ou prou. Renaud Camus n'est pas finkie, ni zemmour et risque fort de s'embourber en terrains hostiles (ce n'est pas son métier par ailleurs).
J'ai lu le livre sur internet en Janvier, je l'ai imprimé en soixante-dix feuillets, puis j'en ai oublié la teneur, ce débat sera l'occasion d'un rafraîchissement de la mémoire. Ce n'est pas le compte-rendu de Martel sur non-fiction.fr qui m'y a aidé.
Je m'étonne pourquoi ce livre-ci est sorti du silence dans lequel on parvient facilement à confiner les oeuvres de Camus. Certains franc-tireurs commandités ont essayé de faire mousser leur petite conscience en l'enterrant vivant (raciste et minable selon Martel, Passouline sur son blog), mais c'est à croire qu'à l'instar des films des frères Coen où le cadavre mal tué bouge encore, la police de la pensée ne soit que des petits-bras nickelés.

jeudi 12 juin 2008

Culture et trésorerie : la marque libé

Dans une intéressante contribution au journal de référence ("Les Echos"), le PDG de Libération, Laurent Joffrin délivrait quelques désirs d'avenirs roses bonbons censés rassurer ceux qui craignent (et on les comprend) pour la pluralité de presse dans la dictature qui sévit au pays des droits de l'homme et de la presse libre.

Pleins de bonne volonté, nous notâmes que "En principe, « Libération » n'a pas de problème de trésorerie jusque mi-2009", ce qui nous rassure sincèrement et pour nous, et pour les professeurs de SES et pour les confrères de GiBi. Dans la foulée, le sécurisant et expérimenté sage Joffrin semble avoir pris la mesure des défis qui l'attendent "S'ils veulent survivre, les journaux doivent penser en termes de marque et non plus de support", cela ne fait pas tellement plaisir à ceux qui ont toujours espéré que la vie de l'esprit ne mangeait pas de ce pain-là, mais, bon, c'est la conjoncture, c'est l'an 2000, il faut l'aimer, on nous l'a fait aimer, du moins, à coups de haut débit et des spots télévisés. On ne peut, toujours plus loin, que souligner avec amusement l'inattendu rapprochement qu'opère Joffrin avec Renaud Camus, l'auteur du remarqué (en mal) La grande déculturation "Cette opération (..) conforte l'image de la marque Libération dans le champ de la culture".
Finalement, nous partîmes transgonfler d'espoir, de satisfaction, d'honneur écoutez-ça, mes amis, "Un quotidien comme « Libération » a un lectorat haut de gamme et qualifié qui n'a rien à voir avec l'audience de masse des chaînes privées." Pour ne pas être de minables prolétaires de la pensée, nous nous déportâmes sur ledit site et voilà le spectacle qu'il faut se coltiner pour être du haut de gamme (8 minutes, cela peut paraître long, mais c'est plus court que du Proust)


NTM à Libé: l'interview
envoyé par liberation

Plus d'universitaires en stock, les gars?