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Lundi 28 août, neuf heures et demie du soir. Hier soir, au journal télévisé de France 2 on voyait un reportage sur le carnaval londonien de Notting Hill, lancé il y trente ou quarante ans par les immigrés jamaïcains, si je ne me trompe, et devenu, nous expliquait-on, une des grandes manifestations emblématiques du nouveau Londres, multiethnique et multiculturel comme il se doit. En effet, la foule semblait très gaie, les journalistes aussi. Un des marcheurs interrogés confirmait jovialement que là se forgeait l'avenir, puisque dans dix ans les blancs, à Londres, auront cessé d'être majoritaires - sur quoi la parole était rendue au studio de Paris, qui la reprenait gaiement, tout sourires, heureux d'avoir montré à ses chers téléspectateurs cette belle fête de l'amitié entre les... entre les quoi, d'ailleurs? Pas entre les peuples puisque tous ces marcheurs n'en font qu'un, officiellement ; certainement pas entre les races, puisque les races n'existent pas ; entre des individus et des groupes de toute origine ethnique, origine dont tout le monde se fiche, d'ailleurs, puisqu'il est convenu qu'elle n'a aucune importance, qu'il faut qu'elle n'ait pas d'importance.
Tel, devant le cadavre de César, Marc-Antoine entamant subrepticement l'éloge mortuaire du grand mort tout en assurant que Brutus est un homme honorable, Vous pouvez bien nous assurer, cher Renaud, que l'enturbanné est un excellent voisin et puis chanter les beautés de notre civilisation.
Hélas, hélas, même en négligeant les précautions oratoires de Marc-Antoine (votre courage vous a assez exposé pour n'avoir plus à donner le change) vous parlez en vain au peuple de Rome abruti par les aboyeurs de la diversité et vous restez, noble et courageux Renaud, seul avec dans les bras le cadavre de César, bien heureux que le peuple ne vous réserve le même sort.
