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jeudi 9 février 2012

L'historien allemand et Jeanne d'Arc

Pour sa première émission consacrée à Jeanne d'Arc, La fabrique de l'histoire a choisi d'inviter l'historien allemand G.Krumeich qui à la marge d'une œuvre dédiée à la première guerre mondiale a écrit deux livres sur Jeanne d'Arc dont le second ponctue vingt années de réflexion. L'idée était bienheureuse, le résultat fut probant. Il a été question de la figure mythique qui a traversé les deux France demeurant un incessant objet de récupération. Ce n'est pas la première fois que je l'entends, mais il se confirme que la figure de Jeanne d'Arc aussi mystérieuse soit-elle fascine tous les historiens qui ont travaillé sur le sujet. En tant qu'étranger, Gerd Krumeich a apporté un témoignage rafraîchissant sur la vie des idées en France. L'impossibilité pour un étranger de se vouloir s'approprier une telle figure nationale, la méfiance de l'histoire officielle (malgré les gens compétents qui la font) et la place que cela laisse aux mythographes ont été mentionnés et expliqués. Une bonne émission sur une aventure intellectuelle.

Émission à écouter

mercredi 1 juin 2011

Kolakowski : éducateur , Répliques du 28 mai

En 2009 disparaissait l'intellectuel polonais Leszek Kolakowski. Je le connaissais (peu) parce que Jacques Dewitte le citait abondamment dans son livre sur l'Europe et Finkielkraut, passeur de l'intelligence de la mittel Europa, en parlait de temps en temps. Je m'étonnais d'ailleurs qu'il ne fit pas d'émission pour saluer le penseur dont l’œuvre est trop méconnu en France. Ce samedi, prenant pour prétexte la sortie d'un livre sur son œuvre, il y consacra une émission de bonne facture. Je pensais que Kolakowski devait l'essentiel de son parcours intellectuel à sa lutte contre le marxisme et le communisme, mais j'y apprends que c'est en tant que raisonneur de l'histoire des religions qu'il a accédé à une pensée critique du marxisme. A travers la notion paradoxale du pêché originel, il rejoint dans l'esprit de résistance A.Soljeniitsyne.

" S’il existait seulement quelque part des gens mauvais, commettant leurs méfaits dans l’ombre, et s’il suffisait seulement de les séparer du reste de la société et de les détruire ! Mais la frontière qui sépare le bien du mal passe au cœur de chaque être humain et qui est prêt à détruire une partie de son cœur ?"
Alexandre Soljenitsyne

dimanche 11 octobre 2009

Contre révolution

Ce doit être étrange pour un acteur de mai 68 d'être jugé par l'ordre moral qui prévaut trente ans après. C'est glaçant de se dire que la liberté insouciante que nous accordait l'air du temps peut nous être reproché trente plus tard. Que Polanski soit jugé pour les délits dont on le poursuit depuis des décennies, c'est une affaire judiciaire, juste susceptible de lever un sourcil des spectateurs de Faites entrer l'accusé. Une mère de famille un peu hippie dépose sa charmante fillette de treize ans chez un photographe qu'elle sait être mandaté par un magazine trouble et sulfureux et dont la séance va basculer dans l'obscène et le sordide. Chacun peut se faire un avis sur cette affaire judiciaire un peu tordu où on met la main sur un prévenu trente ans après les faits dans un pays qui fait subitement du zèle et où la victime souhaitait ne plus avoir à revenir sur l'affaire, un fait divers grave, traumatisant et abominable. Sur ce, deux hystèries, deux morales radicales se sont empilées conférant à ce cas outre, des effluves nauséeuses, un intéressant combat moral qui fera quelques débris. La première manifestation hystèrique fut la levée de boucliers immédiates des professionnelles de la profession, de la caste d'une intelligentsia médiatique, culturelle qui protége un des leurs et clame haut et fort leur privilège de nouvelle aristocratie touche-pas-à-mon potiste au-delà du bien et du bien dont il nous sermonne ad journalam televisam. L'impudeur des nouveaux clercs, candides, éclate dans un contexte où la liberté de jouir sans entrave a dépassé la limite permise de la décence. Outre un corporatisme de nouveaux châtelains, on pressent la défense d'un air du temps où ce genre de pratique borderline était toléré comme un signe de témérité, d'avant-garde et de libération dans le joyeux bordel de la liberté sexuelle. C'était sans se rappeller que le consensus autour de Mai 68 était sérieusement éméché. Déjà les premières lézardes aux célébrations d'un "âge des lumières" apparurent lors des premiers procès de la période en question. Les déçus, les perdants et les sourcilleux commencaient à chercher les preuves de sa médiocrité au mieux, de sa perversité, au pire. Les procureurs fomentent des livres noirs. Après trente années de clémence, dont a bénéficié une de ces icônes, les procès idéologiques donnent lieu désormais aux chasses à l'homme. C'est la seconde manifestation qui, en réaction, prend un écho important, massif, imprécateur. L'air du temps n'est plus trop encline à protéger les indélicates cochoncetés d'un de ses apôtres sous couvert d'individualisme et de libération des mentalités. En tant que réactionnaire, on peut être effrayé par le fait que l'établissement d'un ordre puritain s'accompagne d'une violence terrible et haineuse véhiculée par l'internet et la résonnance médiatique. Les temps changent. La parenthèse d'une révolution pacifique se refermera probablement dans la violence de l'enfer. est-ce ce combat qui se joue en ce moment? A ver.

mercredi 15 octobre 2008

Le conservateur

Houellebecq revient sur le contresens consistant à voir en lui un réactionnaire, nouveau ou ancien, alors que son tempérament et ses pensées le porteraient vers une sorte de conservatisme critique, cher à Orwell – auquel d’ailleurs Houellebecq rend hommage en louant sa définition de la «common decency» (socle de valeurs morales élémentaires qu’Orwell prêtait aux gens ordinaires) : «s’il y a une idée, une seule, qui traverse tous mes romans, jusqu’à la hantise parfois, c’est bien celle de l’irréversibilité absolue de tout processus de dégradation, une fois entamé. Que cette dégradation concerne une amitié, une famille, un couple, un groupement social plus important, une société entière ; dans mes romans il n’y a pas de pardon, de retour en arrière, de deuxième chance : tout ce qui est perdu est bel et bien, et à jamais, perdu. C’est plus qu’organique, c’est comme une loi universelle, s’appliquant aussi bien aux objets inertes ; c’est, littéralement, entropique. À quelqu’un qui est à ce point persuadé du caractère inéluctable de tout déclin, de toute perte, l’idée de réaction ne peut même pas venir. Si un tel individu ne sera jamais réactionnaire, il sera par contre, et tout naturellement, conservateur. Il considèrera toujours qu’il vaut mieux conserver ce qui existe, et qui fonctionne tant bien que mal, plutôt que de se lancer dans une expérience nouvelle. Plus sensible aux dangers qu’à l’espérance il sera pessimiste, d’un naturel triste, et en général facile à vivre.»

A propos du livre Ennemis publics, extrait de l'Opinion Indépendante, 10/10/2008, Christian Authier