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vendredi 25 mai 2012

Le témoignage d'un savant repenti

Appartenant dans maints cas à la partie la plus intellectuellement affaiblie d'une assemblée, je peux témoigner de la manière dont germe dans mon esprit simple une théorie de la conspiration ou du moins un sentiment du complot. Lorsqu'en ma compagnie deux personnes discutent de sujets, jugé par moi, de haut niveau et que par cette complicité d'esprits vifs, ils procèdent à des ellipses, il peut m'arriver de me sentir éloigné de leurs préoccupations, mais comme mon orgueil souffre de n'être pas à la hauteur soit je fais semblant par un jeu rôdé de sourcils, soit je leur prête des intentions malsaines et abstruses qui veulent être cachées car elles impliquent des conséquences à grande échelle. Je fais un jeu de relations entre des détails qui me conduisent à décrypter cette intention néfaste pour moi. C'est le cas du simplet agressif qui sent qu'on se fout de sa gueule. Agrandie à un grands nombres de personnes avec des visées plus immenses, on aboutit à une théorie du complot (contre moi, si je suis très narcissique ou contre l"humanité). C'est souvent le cas de l'élève qui croit que ce professeur ne l'aime pas, alors qu'en réalité, il ne soucie pas d'une guigne de un parmi la classe. Mais qu'est-ce que la réalité par rapport à la Vérité ? Comme je ne suis pas seulement un simplet agressif mais aussi un mari jaloux, il peut m'arriver d'éprouver cette désagréable sensation paranoïaque du mari qu'on essaie de tromper, avec cette tenace impression qu'absolument tous les actes de la conjointe sont orientés pour me faire du mal. C'est ainsi que j'imagine un écheveau de dissimulations visant à cacher l'inavouable. C'est ici que ma mauvaise foi me fera choisir parmi les hypothèses fomentées l'action la plus néfaste pour moi. Comme je suis un simplet agressif,un élève persécuté, un mari jaloux, je suis aussi fort de mes lectures (trois blogs, deux dvds de Michaël Moore et un livre) doué d'un léger sentiment de supériorité me classant dans la catégorie des "sachants". La vérité est toujours plus complexe qu'on ne le croit. Peut-on imaginer que Dominique Strauss-Kahn ait trivialement cédé à ses pulsions, lui le français le plus puissant de la planète? Il est évident qu'à ces niveaux de Pouvoir (où je ne suis jamais monté...) les intérêts inextricables ont machiné des scénarii les plus machiavéliques avec la complicité du tout-Hollywood et des femmes de chambre du monde entier. On peut me rétorquer qu'il est amusant de voir que toutes les forces d'une assemblée humaine sont tournés vers un unique but poursuivi inlassablement, froidement et sans diversion. Je connais la haine humaine, je la porte sur mon visage, je connais la persévérance de l'homme, son goût pour l'obsession et je ne peux imaginer qu'il fait les choses pour son petit intérêt ou bien-être ou pulsion, il le fait pour sa communauté qui veut écraser l'autre, c'est le sens de son Empire. Ne l'oublie jamais.

mercredi 30 novembre 2011

Chemin faisant

Je trouvais dommage de terminer le mois de Novembre sur notre ami de Corrèze, c'est pourquoi je souhaite m'entretenir avec vous au cours de cette petite conférence inutile d'un sujet qui m'occupe sans me lasser, qui m'anime sans me fatiguer : la musique classique. Cela fait quatre ans que j'écoute essentiellement du classique. J'ai lu des auteurs qui m'ont convaincu qu'on pouvait l'approcher sans en être un spécialiste, ni même un érudit. Contrairement à ce qu'on peut entendre, le classique n'est pas partout, il faut aller le chercher. Je me suis aventuré sur une terre inconnue avec tout de même une certaine dose d'abnégation. Mozart disait qu'il composait pour les musicologues et les cochers du fiacre, je suis un attentif cocher de fiacre et cela ne me dérange nullement. Désormais, mes inclinations ne sont toujours pas marquées, j'ai souvent pensé que je n'aimerais jamais Bach, mais l'écoute quotidienne de Pablo Casals (pour endormir mon fils) me la rendu indispensable. J'apprécie Mozart, Beethoven et Schubert ne m'ont jamais déçu. Il a quelques jours la radio musiq'3 organisait un top 50. Riche idée! J'essaie de composer le mien et je crois possible d'en proposer un complet. Qui l'eût cru?


samedi 19 novembre 2011

Nos Churchill

Il a été question, ai-je entendu, de la constitution d'un nouveau gouvernement en Italie qui n'est composé d'aucuns politiciens de métier, seulement d'experts. Faut-il penser qu'à travers cette prise de pouvoir des sombres technocrates nous assistons à une nouvelle emprise du pouvoir des marchés? C'est bien possible. Je fais mienne une phrase que j'ai lu dans mon canard : "ce ne sont pas les marchés qui ont demandé aux États européens de se lancer dans un gaspillage effréné de dépenses... qui n'a même pas permis d'assurer une croissance forte!" Les dirigeants politiques sont totalement dévalués. Ils n'ont pas su montrer qu'ils avaient les qualités requises. Aucune vision, peu de sens des responsabilités et de courage, peu représentatifs du peuple. On laisse donc de côté cette génération de grands hommes pour des réparateurs consciencieux, ce n'est peut-être pas plus mal.

jeudi 21 avril 2011

Les moments délicats que les conventions peuvent aider à surmonter

Il y a des moments de civilité particuliers que peu de psychologues ou de grandes écoles françaises peuvent nous aider à appréhender. Des interactions humaines bizarres que même l'élégance de nos plus grands gentlemen ne peut surmonter. Je ne parle pas des "moments de solitudes" dans lesquels la honte s'ajoute au désarroi tant l'incident sort de l'ordinaire, je veux parler des menues incidents qui s'ils étaient analysés complèteraient les ratés indicibles de la communication entre deux êtres. Tout le monde a fait l'expérience de prendre congé d'une personne que nous ne connaissons pas-plus-que-ça, avec qui nous avons eu une petite discussion sur des sujets on-ne-peut-plus-banaux et qui nous a permis de faire le trajet entre l'ascenseur et la porte de sortie sans avoir à penser à notre misérable condition humaine et/ou aux ravages du capitalisme et/ou aux embouteillages qu'on doit encore affronter. Cette discussion agréable arrive à son terme et aucun des deux interlocuteurs sans se le dire -miracle de la communication- ne souhaite la continuer autour du tasse de café ou sur le parvis de l'endroit que vous venez de quitter avec empressement certes mais dans l'humeur égale d'une discussion. Vous prenez congé l'un de l'autre aussi courtoisement que possible pour montrer que ce n'est pas un soulagement mais une petite peine que la vie et ses événements nous imposent. Vous vous dîtes "A bientôt" ou "tchatchao" . Toutefois, il se révèle que vous allez dans la même direction et que vous marchez d'un pas égal, que même vous allez prendre le même bus. L'élégance vous place en porte-à-faux. La discussion a été close d'un franc point final, mais ne vous pouvez pas ignorer cette personne qui vous a fait l'amabilité d'un bon moment, faire comme si elle n'existait pas, vous ne pouvez reprendre une discussion après un au revoir si proche. Que faire? Les plus audacieux changent volontairement de chemin, c'est mon cas, les moins imaginatifs refont le plus lentement possible leurs lacets jusqu'à disparition de l'intrus, les plus fous courent, mais se font "capter" parce qu'on les retrouve dans le même bus trois minutes plus tard, en général, pris à leur propre piège, ils miment la folie ou l'épilepsie ou mettent leur sac sur la tête. Fort heureusement, l'homme moderne a inventé l'outil, la prothèse pourrais-je dire pour surpasser cette gêne et ce traumatisme social, le téléphone portable, la tablette électronique. C'est très, très malotru, mais c'est communèment admis. Dans la plupart des cas, les personnes sortent leur matériel et s'activent dessus afin d'ignorer le plus naturellement la personne avec qui nous sommes dans un embarras insoluble, on peut aller jusqu'à écouter la musique dans un casque pour créer une bulle où l'autre sera exclu sans que personne s'en offusque. Et là je dis : "bien joué". C'est un tour de force de la technique qui renforce notre civilisation car elle modèle les codes et les conventions pour le plus grand soulagement de chacun. Un autre exemple me vient à l'esprit. Qu'en pesez-vous? Votre voisin de palier, de machine à café, de place de parking, que vous voyez de temps à temps avec qui vous avez des conversations de plus en plus longues et de plus en plus privées, vous livrent des détails de sa vie, partagent des moments clés de sa journée et pourtant, bêtement, vous ne vous êtes jamais préalblement présenté, la première rencontre, je crois, était fortuite, si bien que vous ignorez son nom et son prénom. Il vous est impossible à ce niveau d'interaction de revenir aussi lourdement en arrière. "Au fait, tu t'appelles comment?". C'est une regression et pourtant, il faut faire quelque chose, car si un moment l'autre remarque que vous ne connaissez même pas son prénom. Je connais des filles françaises - elles sont les seules au monde à le faire avec une telle brutalité mêlée d'ingénuité et si naturellement- qui parviennent sans ciller à interroger un "ami" sur son identité nominale. Il reste une convention à inventer.

mardi 19 octobre 2010

La chair et les nerfs

Parmi les grandes dichotomies qui clivent le monde et en particulier la France, (mais comme dirait Proust cité de mémoire, l'universel sur les cimes du particulier, et comme tout Marcel qu'il fut, il était français), il y en a une que je me plais à traquer, moi, qui a une passion toute récente et peut être éphémère pour les dichotomies. Parmi nos très jeunes enfants, nos nouveaux nés, il y a d'un côté ceux qui sont tout en nerf et ceux qui sont tout en chair (c'est valable aussi pour les filles, mais je m'en préoccuperais plus tard, nerveux, ne sois pas énervé, affamé, ne reste pas sur ta faim). Comment les reconnaît on, comme dirait la mère qui allaite ? L'enfant a deux passions, il a faim et il veut dormir, parfois, ces passions coïncident, se chevauchent, se superposent. Son ventre gargouille, pendant que ses yeux se baissent irrémédiaboliquement. Le nerveux s'agace et veut manger d'abord, le charnel sait qu'il mangera après son reposant et agréable somme, il s'endormira donc. Le sommeil l'emporte sur la rageuse sensation de famine.
Qu'en pensez vous?

vendredi 8 octobre 2010

Jamais sans mon pyjama

Une des dichotomies les plus marquantes et les plus cachées qui distinguent le Nord et le Sud de la France est dans le fait que les gens du Nord portent des pantalons de pyjama que renient les gens du Sud, qui eux n'hésitent pas à mettre des caleçons ou simplement des shorts de sport (de l'olympique de Marseille, par exemple), qui font frisonner de dégoût les habitants du Nord. Certains d'entre vous se demandent où je dichotome la France en deux.Tel un géomètre grossier ou un huissier peu sourcilleux, un peu au dessus du Massif Central, d'une ligne qui passe de Poitiers à Mâcon (et ne me contredisez pas). J'avoue être ignorant sur les us des parisiens, formant comme toujours une classe à part, mais en règle générale, le dormeur garde le réflexe de ses origines. A titre d'exemple, moi même qui en connaît un rayon sur les départementales de France, je me vêtis la nuit d'un pantalon quand je vis au Nord et d'un quelconque tissu quand je sévis au Sud et ceci, indépendamment des températures. Mes frères se moquent d'ailleurs assez souvent de moi. Voilà, c'est tout pour aujourd'hui.

Qu'en pensez vous?

vendredi 30 juillet 2010

Avec qui aimeriez-vous partager votre promenade?

J'ai appris au cours de ma navigation hasardeuse sur l'internet que le fils Bernanos, Michel, a écrit des romans et des poèmes et qu'il a sa petite notoriété dans le monde de la science-fiction grâce à sa nouvelle, la Montagne morte de la vie, traduit en anglais, par ailleurs. Le court résumé que j'en ai lu fait peu de place au fantastique et évoque Conrad. Je vais l'acheter, je crois.
A la question, avec qui aimeriez-vous dîner? Ce serait malaisé de répondre. Les gens que j'admire, je les écoute, je n'ai donc pas besoin de dîner et de converser, cela n'aurait pas beaucoup de sens. Alors, je me suis retourné sur le passé, après tout, si ce miracle pouvait avoir lieu, usons en tous les artifices. J'ai pensé à Bernanos, me promener avec Bernanos, ou Péguy, jeune de préférence, sinon, je les écouterais comme des vieux sages (autant les lire et les relire). Les illusions d'un Bernanos jeune et fougueux.