Par un hasard que seul favorise une vie culturelle dense, se tenait à Bruxelles la représentation de la suite pour piano opus 23 de Korngold. J'étais intéressé par le compositeur parce qu'il m'a été présenté comme un artiste émanant du Grand Vienne et parce qu'il y a quelques mois, un violoniste français, Laurent Korcia, en a assuré une excellente promotion. Il dit que Korngold n'a pas le succès qu'il mérite et que bientôt le grand public va s'emparer de ces œuvres, qui vont devenir des classiques parmi des classiques. Il souffre, paraît-il de son image de compositeur hollywoodien. Il a quitté l'Autriche nazie pour la côte-ouest américaine d'où il vivait par la confection de musique de film fait par l'émigration germanique. Le violoniste, aussi, s'est fait une réputation dans le crosscover, il est tenu en estime par les puristes et les passants, donc, nous pouvons le croire. Mais où est le hasard, vous demandez-vous? Il se trouve que la suite pour piano est une œuvre pour main gauche. Le frère de Ludwig Wittgenstein, Paul Wittgenstein, était un pianiste virtuose qui a été amputé du bras droit durant la guerre. Des compositeurs célèbres, de toute l'Europe, dont Korngold, ont écrit des partitions pour main gauche, dédiées à Wittgenstein. En ce moment là, je lisais le livre de Thomas Bernhard, Le neveu de Wittgenstein, une amitié, dont le personnage principal est son homonyme Paul Wittgenstein (ils sont neveu et oncle, je crois), c'est sans raison particulière qu'en ce mois de juillet, les divagations de l'esprit me conduisirent sur le même sentier. J'assistais au concert avec un regard curieux sur la mécanique du pianiste qui ne fit fonctionner que son bras droit, son bras gauche qu'il ne s'est ni amputé par la circonstance, ni fixé le long du corps, lui servait à tourner les pages. C'était fascinant de voir cette mutilation en action de sorte que j'en fus contaminé, je n'avais plus conscience de mon corps, mais conscience de mon tronc. J'ai déjà, en conversation avec Elle, avoué qu'enfant, nous avions tous les garçons de mon âge une certaine attraction pour une fille qui boitait, et par mimétisme, nous nous mettions à boiter. Il y a là une digression Cronenbergienne, dont l’œuvre terminée après EXistenZ, reste à poursuivre.
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vendredi 13 juillet 2012
vendredi 2 décembre 2011
Ex-spectateur

Mes doux agneaux, nous sommes de plus en plus proche de la nouvelle année et avant d'enterrer ce grand cru 2011 (la fameuse année du 11/11/11), permettez moi de faire un bilan aussi exact et précis que possible de la production du cinématographe.
Regarder un film en 2011 n'est pas chose simple, mis en concurrence par les courtes et dynamiques séquences du web, du streaming, de la tv, de l'actualité en temps réel, du videogame et de la vraie vie, il faut avoir du temps et de la passion pour voir un film dans son intégralité. N'étant pas Accompagnateur de vocation, je n'échappe pas à cette tendance accentuée par le prix démentiel du billet d'entrée d'un Ugc (plus d'un smic-horaire). Cependant, je m'accroche à ce divertissement culturel, je peux même faire le bilan de l'année quasi-écoulée.
Je suis allé une fois au cinéma, c'était bien. Les gens donnent toujours leur avis avec des termes simples et peu réfléchis. Nous avons vu The Tree of Life, je l'ai défendu auprès d'amis et j'en ai même parlé ici. J'ai vu L'auberge rouge que j'ai bien aimé, surtout pour le paysage neigeux. Autant-Lara est anar, mais on rit avec lui. J'ai revu la moitié d'Idiocratie, qui résiste très bien à une seconde vision. Ce qui est drôle est que ces deux films tournés à une cinquantaine d'années d'écart et vu à quelques jours de distance partage la même vision cynique de l'homme en société et laisse sous couvert de grand guignol transpirer le parfum sinistre et glaçant de la bêtise. Je me suis pris d'intérêt pour Cronenberg, ce qui est bien et me rend moins ignorant (même si je ne suis aps pressé de revoir Spiders). J'ai même vu, eindelijk, les invasions barbares, pour faire plaisir à tout le monde. Cependant, j'ai vu le début de Rec et je ne sais pas si j'aurais la force physique de le terminer, peut-être en 2012, tout comme Bourne Ultimacy.
A l'année prochaine.
vendredi 11 novembre 2011
Cycle
J'informe qu'il y a un cycle Cronenberg à la cinémathèque. C'est peut-être l'occasion de découvrir des films, impossibles à trouver "en streaming vostfr", comme Scanners ou Naked Lunch et ceci pour la modique et miraculeuse somme de trois euros. Si j'ai la permission de mon État-major, j'irais bien voir ExistenZ ou Videodrome (Scanners ou Shivers me sont inaccessibles désormais).
jeudi 8 septembre 2011
Les limites du réel
Comme je consacre un peu de mon temps à l’œuvre de David Cronenberg, j'ai vu grâce aux facilités du streaming un de ses derniers films, un film qui si ma mémoire est bonne a reçu un bon accueil de la presse. Il s'agit de A History of Violence, sans traduction française si ce n'est par Une histoire de la violence qui irait très bien. Je n'en suis guère étonner. Dans la mesure où le film est façonné comme un conte un peu allégorique, un peu intellectuel et un peu "superbe réflexion sur la société américaine", il avait tout pour convoquer en rangs serrés les mines réjouies de nos masques et nos plumes. Certes, il y a du métier et du savoir-faire chez le maître, mais force est de constater que depuis Spiders, il délaisse le fantastique pour se ranger vers des fables gentilles que nous offrent par pelletées tout le cinéma indépendant américain. Il y avait pourtant matière à faire ressurgir le grand Cronenberg, maître de l'étrange et du bizarre. Un père de famille vit paisiblement dans une bourgade de l'Indiana où il gère une petite cafeteria. Lorsque celle-ci est braquée, il fait preuve d'un courage et d'une violence insoupçonnée. Alerté par les journaux, d'étranges personnes veulent avoir affaire à l'homme qu'ils sont persuadés qu'il est. Pourquoi est-il capable d'autant de violence? C'est en substance la question qui intrigue le spectateur, son fils, de surcroît, en fait contre toute attente la démonstration. Mais là où le Cronenberg, ambitieux de The Brood aurait scruté les pulsions, le Cronenberg moraliste (et un peu facile) fait remonter le passé. Il y avait lieu pourtant de faire une lutte trouble et féroce contre son corps, son identité double ou la contamination malsaine, ce qui sont des thèmes avec lesquels il a démontré l'étendue de son talent.
vendredi 26 août 2011
Manifeste pour un cinéma biotech
J'ai réfléchi et je pense que le moment est propice à réaliser un film de facture "Cronenbergienne" qui regrouperait quatre thèmes : la chirurgie plastique (mère éternellement jeune et méconnaissable), l'obésité chez les jeunes enfants, comme parabole mythique de la mère qui dévore les enfants (Gaia), pollution entraînant mutation (la présence des œstrogènes qui féminisent les corps) et l'engagement des pères (expérimentations secrètes de gestation des pères et homosexualité). C'est dense, mais il y a de la matière pour faire peur tout en étant démesurément réaliste. A vous de jouer, je finance.
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