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samedi 9 avril 2011

Paris- Londres

J'ai lu avec intérêt un article de The economist qui traitait de l'émigration française à Londres. J'en avais déjà entendu parler, c'est le rêve des parisiens aisés. L'émigration est un sujet fantasmatique, il rassemble les tenants de l'anti-France. A lire les commentaires, de nombreux français s'expliquent et ils écrivent bien l'anglais. Celui qui est le plus apprécié est celui ici-bas, qu'en penses-vous?

As a 26 yo French (based in inner Paris) I'll toss in my 2 cents.

1 - Overall this is a good exec summary of why many young French people wish to flock to London. There are indeed 300-400k French in London, which is why Sarkozy dropped by in 2007 while campaigning for the presidential election. (And we call London the 21st arrondissement, not the 17th!)

2 - Paris is architecturally quite stunning indeed, but that does not make much difference in the daily life of Parisians. Nothing beats the relaxed, vibrant, open vibe of London – and that is what appeals to people of my generation. The bar / pub / clubbing scene in London is leagues above Paris; it simply does not even begin to compare. Parisians are only starting to question now why ‘la night’ has become so dreary in ‘le gai Paris’. (Answer : too many old people complaining about the noise; rigid laws; rigid mindset; lack of competition and expensive labor, meaning expensive drinks and venues; no feeling of belonging to a common public space due to the high & growing number of ‘racailles’ everywhere you go. Take a sample of Parisians and you’ll find them to be amongst the most party-loving crowds once out of France; but they will lead a very quiet life when in Paris, for lack of want and/or opportunity).

3 - Corporate life in France really is quite awful. (No after work drinks with colleagues, stifling hierarchy, lots of facetime, god-awful corporate district in La Défense - the Jubilee to Canary Wharf at 9am is a shining paradise compared with a commute on the RER train!)

4 - That feeling that nothing will ever change in France and that the unions and public sector employees are condemning the economy to in inexorable decline.

5 - Street food (£10) has gotten generally better in London that in Paris. Wtf?

6 - Beware once you step out of the Périphérique in the Paris broader area: the quality gap (in terms of everything) vs inner Paris is mind-boggling. In London, the difference between zone 1-2 and the rest is not so steep, and that matters hugely for the majority of city dwellers.

7 - Which brings me to my conclusion: London beats Paris because of
(i) that English, anything-goes mindset, which makes life soooo much easier & funnier;
(ii) because of the English language, London is and always will be Europe’s cultural center; everybody in Europe speaks English nowadays, therefore anybody can try out a new life in London, contributing to that cosmopolitan, worldly feeling. Good luck doing that in Paris;
(iii) to state a very politically incorrect observation, it seems to me that third world immigrants in London are either (a) less numerous than in Paris or (b) kind enough not to come to the city center and import a lousy vibe. If in doubt, feel free to stroll along Regent Street; and then compare that with the Champs Elysées. If still in doubt, go clubbing to the Ministry of Sound or something; and then come spend an evening at ‘Le Mix’ in Paris. Believe me, you will see my point.

I like Paris but would like to live there only when turning 50 or something, a time when one looks for a more relaxed, dignified pace of life and has the means to retire in a happy bubble somewhere on the good side of the Périphérique. But until then, London rules!

lundi 18 octobre 2010

L'inspiration vient du Vermont

L'Ode au Vermont continue. Au hasard d'une lecture sur Wikipédia, cherchant des contes pour enfants, je cherche quelques informations sur la notice biographique de R.Kipling, célèbre écrivain anglophone que d'aucuns connaissent comme le créateur du Livre de la jungle, rédigé dans le Vermont.


Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, le jeune couple retourna aux États-Unis et loua une petite maison près de Brattleboro dans le Vermont pour une somme de dix dollars par mois. Carrie était enceinte de leur premier enfant.

« Elle fut meublée avec cette simplicité d'une époque qui ne connaissait pas la location-vente. Nous fîmes l'acquisition d'une énorme chaudière de seconde ou troisième main qui alla dans la cave. Pour accommoder des tuyaux de fer-blanc de huit pouces de diamètre nous fîmes généreusement percer notre mince plancher (c'est pur miracle que nous n'ayons pas été brûlés dans nos lits au moins une fois par semaine cet hiver là) et nous vécûmes extrêmement, égocentriquement heureux. »

C'est dans cette maisonnette, surnommée Bliss cottage (la villa du bonheur parfait) que naquit leur premier enfant, une fille, Joséphine, « la nuit du 29 décembre 1892 sous trois pieds de neige. L'anniversaire de sa mère tombant le 31 et le mien le 30 du même mois, nous la félicitâmes de cet esprit d'à propos. » C'est dans cette maisonnette que Kipling eut pour la première fois l'idée de ce qui allait devenir Le Livre de la jungle :

« Mon bureau faisait sept pieds sur huit et de décembre à avril la neige s'accumulait jusqu'au rebord de la fenêtre. Or il se trouvait que j'avais rédigé une histoire sur les travaux forestiers en Inde où je parlais d'un enfant élevé par des loups. Dans le silence et l'attente de cet hiver 1892 je sentis remonter des souvenirs des lions maçonniques des magazines pour la jeunesse que je lisais enfant, et voici qu'une phrase du roman de Rider Haggard Nadia, the Lily (Nadia le lys) se combine avec l'écho de ce récit. L'idée une fois précisée dans ma tête, la plume fait le reste, et je n'ai qu'à la regarder commencer à écrire des histoires sur Mowgli et les animaux qui allaient constituer le Livre de la jungle.6 »

Après la naissance de Joséphine, la maisonnette devint trop petite et les Kipling achetèrent un terrain de dix hectares appartenant au frère de Carrie, Beatty Balestier. C'est là, sur le flanc d'une colline rocheuse surplombant le fleuve Connecticut, qu'ils firent construire une maison que Kipling baptisa « Naulakha » en l'honneur de Wolcott 8. Naulakha, qui signifie littéralement « neuf lakh » (ou neuf cent mille roupies) en hindî, était le nom donné aux colliers des reines dans les contes populaires de l'Inde du nord13, un « bijou sans prix », selon la traduction qu'en donnait Kipling.

Cette retraite au cœur du Vermont, ainsi qu'une vie « saine et propre », stimula l'imagination de Kipling. En l'espace de quatre ans, il produisit, en plus du Livre de la jungle, un recueil de nouvelles (The Day's Work, (Le Travail de la journée)), un roman (Capitaines courageux) et de nombreuses poésies, dont le volume des Seven Seas (Les Sept Mers). Le recueil de poèmes intitulé Barrack-Room Ballads, qui contient deux pièces célèbres, Mandalay et Gunga Din parut en mars 1892. Il prit un plaisir immense à rédiger les deux volumes du Livre de la jungle, chef d'œuvre d'imagination poétique, et à répondre à l'abondant courrier de ses jeunes lecteurs.

samedi 31 juillet 2010

Autobiographie d'un habitant du Vermont


Après le Chêne et le veau (Seuil, 1976) et le tome 1 du Grain tombé entre les meules (Fayard, 1998), voici le troisième volume de l'autobiographie littéraire de Soljénitsyne. Il commence avecl 'installation du prix Nobel et de sa famille dans sa propriété située au cœur du Vermont. Cet asile au fond des bois n'empêche pas les attaques d'atteindre l'écrivain. Il s'explique à l'occasion d'un splendide portrait d'Andrei Sakharov, qui se termine par ce constat : " Ce qui nous a séparés, c'est la Russie. " Si, un jour d'hiver, il est épargné par une bande de loups qui traversent sa propriété, il ne l'est ni par les médias, ni par la " cohorte des cafards " : ceux qui ont trahi sa confiance en Occident, éditeurs pirates, pseudo dissidents jaloux de sa gloire, " experts " qui le desservent à dessein.

Ce volume est aussi l'occasion de rapporter divers voyages, dont une grande tournée au japon et à Taiwan, puis en Angleterre où il rencontre Mrs Thatcher, le prince Charles et lady Diana, mais on perçoit chez lui l'importance de rentrer en soi-même et de se concentrer sur son œuvre. C'est ce qu'il explique à Bernard Pivot dans une émission retentissante, tournée dans le Vermont au début des années 80. Cependant la calomnie ne désarme pas, qui requiert ripostes et correctifs. Voici bel et bien notre " grain " infracassable pris entre deux meules : les États-Unis où on l'accuse de chauvinisme grand-russe et d'antisémitisme, et Moscou où on l'accuse d'être un agent de la CIA pour avoir créé le Fonds social d'aide aux familles avec les droits d'auteur de l'Archipel du Goulag. L'accession au pouvoir de Gorbatchev fait pourtant souffler une brise tiède. Avec l'arrivée de Boris Eltsine au Kremlin, l'heure du retour vient à sonner.

Soljénitsyne choisit de rentrer par la Sibérie, comme s'il n'était pas question de rebrousser chemin, mais de poursuivre sa route d'est en ouest, jusqu'à retrouver son point de départ au cœur de la mère-patrie. Très vivant, très violent dans la polémique, bourré d'anecdotes, de portraits, ce volume contient aussi des pages précieuses sur la conception et l'élaboration de l'œuvre de l'auteur de la Roue rouge. Il constitue une pièce majeure pour les historiens de la littérature russe et pour tous ceux qu'ont passionnés les tribulations de celui qui restera comme le grand témoin du XXe siècle.