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dimanche 27 juin 2010

Ils vivent, nous dormons


Vu hier un film de science-fiction de John Carpenter, un petit maître de la série b. Le film They live est un brûlot anti-libéral, assez convaincant dans la mesure où le cinéma peut l'être sur le plan des idées. En pleine crise économique, un ouvrier solitaire découvre un groupe de contestaires qui fabriquent des lunettes permettant de voir une propagande subliminale orchestrée par de'hideux extraterrestres. Ces derniers à la conquête du monde développent leur emprise par la promotion d'un mode de vie sédatif et soumis au très petit plaisir de la vie (télévision, consommation, obéissance, défaite de la pensée). Hormis la longue scène de catch entre les deux gentils, le film a un très bon rythme et ne s'est pas embarrassé de lourdeur. Il faudrait consigner les qualités des films de réalisateurs qui tournent beaucoup, au contraire de ceux qui mettent leur vie dans chacun des leurs qui pourrait être le dernier, on remarque un détachement, une fraîcheur, un irrespect de ceux qui pensent déjà au suivant. C'est à peu près la même chose pour les livres. La quantité appelle la qualité. Deux des scènes les plus effroyables sont celles où l'État policier détruit et massacre à tout crin, dans le but d'étouffer l'étique contestation du nouvel ordre extraterrestre. En bon français, je m'étonne que l'on mette dans le même sac Etat et Entreprise. Dans l'hexagone, même le dernier Coupat venu prône la mainmise de l'Etat "protecteur", alors que le libertarisme américain cherche paranoïaquement à desceller le pacte entre le marché et l'Etat, qui étouferrait la liberté à leur profit.

samedi 9 janvier 2010

Les managers de l'année

En 2001, un duo de consultants se lance dans l'entreprise de la restauration rapide bio, dite de qualité. Espérant surfer sur la vague d'inquiétude liée à la mauvaise alimentation, les entrepreneurs tentent minutieusement d'imposer un nouveau standard de restauration haut de gamme qui pourrait satisfaire la sensibilité d'une clientèle urbaine, active et insatisfaite. Plutôt que de se faire connaître par le biais d'un important service de communication, l'équipe dirigeante a patiemment misé sur des emplacements, vecteur d'un renforcement d'image. La marque s'installe et par la pertinence d'une carte soignée, la force de sa logistique convertit de nouveaux adeptes. Les entrepreneurs ont su devenir des managers, c'est pourquoi ils ont été logiquement récompensé par le gratin de la profession. Désormais, ils devront changer de statut puisque de consolidateurs, ils passeront en développeurs à l''international. Ils s'espèrent s'implanter en Flandres et en France. Le capitalisme belge va-t-il enfanter du nouveau "Starbucks"?


mercredi 5 août 2009

The Office

Dans le dernier épisode de The Office (version américaine), celui qui passait pas plus tard qu'hier soir à la télévision, on constate un nouvel équilibre dans les réactions suscitées par les personnages. Jusque là le directeur de la branche régionale d'une quelconque entreprise de papier, Michaël Scott, apparaissait comme fantasque et absurde, lui même se définissant comme "un manager cool", tandis qu'il me semble, les émotions autres que le rire se concentraient autour de l'histoire d'amour manqué entre un des commerciaux et la réceptionniste. Hier soir, même si Michaël Scott fit un grand numéro devant les élèves d'une école de commerce (à ses dépens), "vous verrez l'avenir c'est le papier" déclara-t-il à des étudiants qui s'empressaient tous de le noter sur leur ordinateur, le personnage fut touchant, à deux reprises lorsqu'il s'aperçut que tout le monde considérait son secteur d'activité obsolète et que les aquarelles méprisées de la réceptionniste avaient pour support le papier. Parallèlement, le commercial, l'excellent Jim Halpert a passé son temps à moquer le naïf et décalé Dwight Schrute ("un jour, j'ai tué un vampire qui s'est incarné dans le chien de ma voisine") gagnant en épaisseur comique. Je pense même que le personnage Schrute peut prendre lui aussi en densité dramatique, car malgré tous les défauts et l'agacement qu'il est capable d'attirer vers lui, il est assez attachant. La relation cachée qui le lie à la comptable le laisse plus ou moins présager.

mercredi 1 avril 2009

La production du rire

Les historiens de l'économie datent la production du rire aux premières années de l'an deux-mille. Au début, de fabrication artisanal, son usage courant a permis aux entreprises de passer assez rapidement au stade industriel. Le son du pouffement de rire fut dans ses balbutiements délivrés dans des boîtes où des techniciens du son mixaient des rires épars et collectés auprès de joyeux volontaires. Mais avec l'apparition de la bonne humeur comme mode de civilisation, le rire est devenu un accessoire indispensable à la compagnie de l'homme. Les chaînes de télévision, bien sûr, mais aussi les métros des zones périurbaines sont d'importants et d'insatiables clients. Ainsi, des rieurs professionnels, des rieurs de vocation, diplômés, ont rejoint des sociétés dont l'organisation et le sens aigu de la compétition n'ont toujours rien à envier aux multinationales et as du marketing. Les centres du rire de Gagny-sur-Oise et de Lupiac-lès-Toulouse sont d'immenses hangars de la gaudriole, qui regroupent des employés souriants qui chaque matin satisfont à leur quota de rire, dispatché en fin de journée au quatre coins de la planète. Force est de reconnaître que la France, en tant que patrie de Sim et Stéphane Guillon, est une nation pionnière dans le rire et la texture du rire gaulois est un label de qualité, incontestablement. Néanmoins, on a craint les délocalisations. La région d'hiperbad en Inde a annoncé un complexe du rire de quelques dix mille mètres carrés, permettant d'inonder le marché du rire, d'un rire bon marché et modulable, ce que ne peut proposer pour l'instant les producteurs français, qui se plaignent de la trop grande réglementation qui les accable, faisant dire malicieusement à un entrepreneur qui tient à rester anonyme, "On ne peut plus rire de tout".

mercredi 8 octobre 2008

Alexandre Adler a dit

Ce matin, notre doux mais néanmoins robuste Alexandre Adler a pris son combiné. S'adressant à tous, Il nous a parlé de l'après-capitalisme pendant que certains d'entre vous se rasaient ou alors pendant que vous vous trimbalâtes avec votre sacoche de cuir usé et votre epodcast dans des transports en communs bondés. Pour ceux qui l'ignorait, Alexandre Adler, quoique lourd en apparence mais agile comme un petit singe de par l'esprit, lit the Economist qu'il (son stagiaire) traduit, -le roublard- pour les besoins de sa chronique. C'est ainsi que ce matin, il parla tout ingénument de Warren Buffet, l'éminent investisseur, qui atteint les cimes de la popularité outre-atlantique, parce qu'il est devenu le symbole de l'investisseur sage, distancié et responsable. Responsable? La société de l'homme d'affaires, Bershire Hathaway, a depuis longtemps fait son blé et son miel sur des investissements dans l'industrie, vieux secteur routinier et concret qui reprend du lustre, loin du casino financier et des gadgets virtuels du prochain millénaire. Alexandre Adler, par un de ces sauts de cabri dont il a le secret, expliquait que les industriels américains, dont Buffet était l'homme-lige, vont prôner un protectionnisme sécurisant qui tranche avec le flot fou de capitaux transfrontaliers, et avec lequel le candidat et probable président Obama ne pourra pas se départir. C'est de toute façon, si vous êtes un peu attentif, ce qu'il nous promet dans son programme. Progressiste et protectionniste, encore un tour de passe-passe du vieil aigle pour nous pousser dans des abîmes de perplexité.