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lundi 1 mars 2010

Armand Roosen prend une Belga dans le paquet posé sur le bureau du commissaire. Le commissaire lui donne du feu. C'est la première cigarette d'Armand depuis neuf ans. Elle a un goût âcre, sale, brûlant. Armand Roosen se sent viellir de minute en minute.
Belladonna, Hugo Claus, Ed. de Fallois, p.306

samedi 20 février 2010

Comme chaque moment de rêvasserie tournait à la rage!


Comme chaque moment de rêvasserie tournait à la rage. Le téléphone se mit à vibrer. Il n'avait pas envie de répondre. Son temps était compté, aujourd'hui encore, il s'était imposé un emploi du temps rempli de lectures trop brèves, de menus travaux et d'émissions instructives, toute une science dont personne, en vérité, ne lui demanderait des comptes, si ce n'est le temps, justement, qui trop compressé, l'enverrait sans embarras sur un lit d'hôpital. Il répondit. Bien assez tôt, son interlocuteur, Arthur Saurin, le célèbre assistant parlementaire, allait se mettre à parler longuement de lui même, c'est alors qu' il glissa une allusion sur son chien récemment décédé. La voix se consumait, la conversation se termina dans des doléances désolées. "Toute cette science qui s'accumule dans mon esprit, si foutraque que je ne sais plus m'exprimer clairement. Tout ce savoir, qui jamais ne vit, qui jamais ne respire, m'intoxique, c'est mon propre poison que je secrète"... Comme chaque moment de rêvasserie tournait à la rage! Il passait son temps libre de la sorte, se plaignant avec emphase de ce qu'il appelait quand il s'en souvenait, "l'empoisonnement de sa vie intérieure". En vérité, je vous le dit, tout ceci est un peu pompeux, car si vous le rencontriez, vous vous diriez qu'il n'est pas si instruit.

samedi 13 février 2010

Une poudre noire pleut doucement sur ma veillée

Cet après-midi, nous sommes allés dans une succursale nouvellement ouverte au public d'un grand bouquiniste de la ville. Comme elle se trouve sur la route de waterloose, elle est sensée couvrir une zone de lecteurs upper class et il est vrai que la bourgeoisie qui se débarrasse de ces vieux livres a eu bon goût, un moment dans sa vie, probablement avant l'arrivée des 4x4, du haut-débit, des coupes montgom'. Toujours est-il qu'il n'y avait qu'à se baisser pour ramasser quelques pépites promptes à enflammer les imaginations les plus impatientes. Je suis resté sage, néanmoins, j'ai pris un vieux livre qui porte comme titre qui était Jésus Christ? il m'a l'air pas si difficile de lecture, instructif et se propose de répondre à une question, ma foi, intéressante. J'ai par chance trouvé un cahier sur Didérot, qui regroupe un texte de Elisabeth de Fontenay et surtout celui de Barbey d'Aurevilly, dont quelques extraits avaient ouverts les séries d'émission radiophonique évoquée ici la semaine dernière. Mon frère me dit que Didérot (il aurait dû s'appeler Didier) était au programme de l'agrégation l'an passé. Enfin, deux livres d'Hugo Claus, Belladonna et Une douce destruction, que je lirai certainement bien tôt, dans la mesure oú la récente et trop rapide lecture de L'espadon m'a donné l'envie de rester un long moment dans l'univers de Claus.

mercredi 15 avril 2009

De Verlossing

Magda va mourir, ses proches se sont réunis dans la maison familiale où la malade proche de la mort est hantée par des visions de sa sœur défunte revenue l’ennuyer et qui va l'aider à passer de vie à trépas. Hugo Claus met en scène de façon volontairement naturaliste quoique surréaliste. Ce qui me permet de savourer le patois flamand, les intonations populeuses et l'univers de l'écrivain en images. Ce n'est pas un grand film. On y retrouve une teinte glauque digne du cinéaste Aki Kaurismaki, avec, en plus l'obsession de la grandeur des personnes malgré leur nature sale et décevante. On peut toutefois percevoir des thèmes récurrents de l'auteur et des prémisses de son opinion sur l'euthanasie qu'il s'infligera vingt après.
Une petite curiosité pour les fidèles de l'écrivain.

samedi 4 avril 2009

La version Claus selon Josse De Pauw

Ces temps-ci, parmi les beaux jours d'Avril, les services culturels de la ville proposent un cycle consacré à Hugo Claus, l'écrivain de génie, "pervers et rance". Ses films, dont il n'était pas fier, paraît-il, et une pièce (un monologue autobiographique) sur sa vie dissolue, tiennent l'affiche. Ils devraient remuer les dépôts du livre lu il y a quelques mois.
Josse de Pauw, acteur bilingue, joue des séries d'interviews de Claus faisant les questions et les réponses, sous la forme d'un monologue. Ce dernier devait probablement se faire ses propres interviews dans sa tête, afin d'être prêt à les restituer aux journalistes; les formules sont travaillées, les images belles. Il fait de l'entretien un genre littéraire à part entière. De surcroît, l'homme est malin, arrogant, hâbleur, habile, fabulateur, irrespecteux, bluffeur et provocant. Le type idéal qui se la raconte avec talent. Le malicieux Claus insistait beaucoup sur la valeur du mensonge, si bien que ce qu'il venait à dire était toujours dévalué par le doute, et, pourtant, il en ressortait toujours des éléments de vérité. Il le dit lui-même : "le sauvetage du monde est dans le mensonge, mais le mensonge s'effrite quand quelqu'un le croit."C'était brillant, épatant et drôle. L'acteur incarne à merveille l'écrivain de telle sorte qu'on sentait naître la fusion.
Chaudement recommandé.

vendredi 26 décembre 2008

A propos du Chagrin des Belges

J'ai commencé il y a quelques semaines la lecture du Chagrin des belges, le célèbre roman d'Hugo Claus. Je m'étais dit en l'achetant que cette œuvre louée et recouverte d'éloge allait me procurer le plaisir du Classique et assouvir mon goût pour l'idée du roman national. Ici, la patrie est la Flandre, pays de sang qui est le mien. J'allais entrer pour une fois dans ses entrailles à travers ce qui se présente comme une chronique provinciale. A plusieurs reprises, j'ai voulu ici en toucher quelques mots, à commencer par la regrettable présentation du livre, qui en quatrième de couverture propose une citation bancale et quelconque d'un journal (Le Monde) qui a laissé paraître l'idée que La République fût un livre rédigé par Socrate. La courte biographie de l'auteur, la citation en sus donnent la pénible impression d'une œuvre de circonstance, hâtivement rééditée pour satisfaire aux curiosités de l'im-médiate actualité, Hugo Claus s'est plus ou moins donné la mort (par euthanasie) il y a quelques mois, ce qui a comblé d'aise et de roucoulement toute la clique de la bourgeoisie anversoise, qui n'a pas manqué d'assister bruyamment aux obsèques télévisées. Défunte subversion. La première partie qui conte l'enfance de Louis Seynaeve avant la seconde Guerre Mondiale et brosse le portrait des membres de sa pittoresque famille pose d'emblée le roman comme un roman d'apprentissage, dont on pressent à travers la malice de l'auteur, que ce peut être un roman d'apprentissage sans finalité, un roman d'apprentissage vers rien (apprendre à être belge?). On peut aussi lire ce roman comme une œuvre d'autofiction et suivre le cheminement de l'auteur à devenir tel qu'il s'est défini subtilement "un flamingant francophone". C'est pourquoi j'ai regretté ne pas le lire en néerlandais, car l'auteur joue sur les registres de langue, passant du haut-flamand au bas-flamand, perdant ainsi la drôlerie, mais aussi le message politique dans la quête d'une identité communautaire. Mais visiblement, je ne suis pas le seul : "Et pendant ce temps, pour libérer le pays, des couriers limbourgeois transportant les plans tactiques salvateurs mais ne comprenant pas le patois de Flandre Occidentale s’égaraient dans les champs en mâchant du salami"(p.335). Néanmoins, grand est le plaisir de lecture, j'espère à l'occasion fournir quelques extraits savoureux.

mardi 11 novembre 2008

Schild en vriend

"Ecu et ami" : cri de guerre des Brugeois en révolte contre Philippe le Bel en 1302 lors des célèbres "Mâtines brugeoises". La tradition veut que les révoltés aient obligé tout inconnu à prononcer ce cri de guerre, afin de reconnaître les Français à leur accent (notamment en raison de leur inaptitude à prononcer le ch guttural flamand).

mardi 28 octobre 2008

La longue et patiente existence du lecteur

Le docteur Jivago, six cent douze pages, L'homme sans qualités, mille huit cent pages, Don Quichotte, six cent huit pages, Le chagrin des belges, huit cent trente pages, A la recherche du temps perdu, neuf cent quatre-vingt et une pages, la chartreuse de Parme, cinq cent trente-sept pages.