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mercredi 5 octobre 2011

Le joie mauvaise et savante

J'ai trouvé dans Les Echos une citation de J.Schumpeter qui résume bien les idées de Schadenfreude que j'ai pu évoquer il y a quelques années.

«Pessimistic visions about almost anything always strike the public as more erudite than optimistic ones.» J. Schumpeter
C'est ce qui fait la fortune de l'économiste Roubini et des journaux. De mon côté, je finis par croire qu'On est mal. 2011 est un nouveau 2008.

Moi qui ai postulé la semaine dernière chez Dexia (et qui me plaignait de n'avoir aucune réponse (le con))

lundi 30 mai 2011

La fin de l'Euro

L'économiste français Christian Saint-Etienne, déjà connu par les visiteurs attentifs de ce blog, a publié en 2009 un livre polémique et prémonitoire : La fin de l'Euro. Les événements en cours ravivent cette inquiétante prédiction. J'attendais son analyse, il nous la livre dans une émission de canal académie qui ne manque pas de suite dans les idées. L'économiste fait reparaître son essai enrichi d'une analyse des événements actuels.

Voici l'introduction de l'émission que je vous conseille d'écouter (par ici) :

Lorsque Christian Saint-Étienne fit paraître, début 2009, son ouvrage, La fin de l’Euro, il suscita non seulement la surprise (à laquelle il a de longue date habitué ses lecteurs par son style direct et sans concession) mais aussi l’incrédulité voire la réprobation…Pour beaucoup par peur, pour d’autres par aveuglement.
Force est de constater qu’en réalité cette parution (qui lui valu une nomination au Prix Turgot 2010), s’est révélée à bien des égards, prémonitoire.

En effet les crises récurrentes qui sont venues perturber le douzième anniversaire de l’euro, attestent non seulement que la zone euro n’est pas une « zone monétaire optimale » mais que l’avenir de l’euro reste gravement compromis comme il l’avait diagnostiqué dans cet ouvrage.
Toutefois l’auteur reste un européen convaincu, aussi devait-il à son public, comme à ses détracteurs, de proposer un éclairage complémentaire sur « l’impuissance européenne » qu’il venait de pointer du doigt.

En effet sans gouvernement économique, sans budget fédéral et sans encadrement de la concurrence fiscale et sociale, la zone euro n’a aucune caractéristique d’une « zone unique ». Cette situation rapprochée des tensions sur les dettes souveraines de nombre de pays membres laisse planer (comme l’attestent les dégradations successives des notations) de graves menaces tant sur la zone que sur l’euro avec des scenarii de risques variables : de « l’éclatement apocalyptique » (réintroduction des monnaies nationales), à l’éclatement « contrôlé » (deux zones monétaires), en passant par des plans « sparadrap » (pour redresser les pays consommateurs et déficitaires), voire une « fédéralisation surprise » de l’Europe (que l’auteur ne désapprouverait nullement).

Christian Saint-Étienne apporte des éléments de réponse pour « sauver » la zone euro et l’avenir de la construction européenne avec en perspective la situation paradoxale de la France face aux risques d’implosion de l’euro. Il est temps pour l’auteur de passer « à un euro politique par la fédéralisation de la zone ». Faudra-t-il passer par une voie moyenne avec quelques pays précurseurs ?
Quoi qu’il en soit, l’avenir de l’Europe (et de l’euro) a rendez-vous avec des hommes et des femmes d’Etat capables de la remettre en marche. Courage pour les Européens ! « Tout n’est pas perdu », c’est la conviction de l’auteur. Mais il faudra beaucoup de lucidité et de courage pour faire accepter des solutions cohérentes fédératrices et structurantes.



Jean louis CHAMBON
Président du prix TURGOT

lundi 23 mai 2011

Le monde dans tous ses états (requête en tranquilité)

Crise financière, Tunisie, Lybie, Séisme au Japon, crainte nucléaire, mort de Ben Laden, Affaire Dsk... L'année est spectaculaire et riche en OMG! à s'en décrocher la machoîre, espérons que l'été permettra à nos journalistes qui méritent bien une petite trève estivale (sans canicule, por favor) de reposer la plume.

vendredi 6 mai 2011

Cessons de diaboliser le capitalisme

Pascal Salin, un économiste français internationalement connu (sauf en France) propose une vision de la crise économique et financière. C'est un libéral, proche de l'école autrichienne. Son passage à canal académie mérite qu'on s'y attarde. Il a expliqué que cette crise n'est pas le fruit du capitalisme et de ses dérives, mais des obstacles et des déséquilibres qu'on a infligé au marché. Des mécanismes de désincitation à l'épargne et de création monétaire (forte augmentation du crédit) ont induit des investissements inconsidérés (immobiliers, produits financiers, etc...). L'Etat intervient en tant que prêteur en dernier ressort au nom de l'aléa moral, si bien qu'il y a un capitalisme sans risque, sans faillite. Il n'aurait pas dû intervenir car d'un il creuse davantage son déficit (remboursement de la dette improductive) et deux, continue la création monétaire. Pascal Salin devient terriblement déroutant lorsqu'il préconise la disparition des banques centrales et en affirmant que s'il était ministre de l'économie : Il laisserait faire.

samedi 26 février 2011

Boite noire

Les observateurs se frottent les mains, le capitalisme va se casser la gueule.

(on doit la fortune récente de Marx dans la presse, à un nom qui permet tous les jeux de mots faciles, il ne faut pas chercher plus loin, Raphaël)

jeudi 2 avril 2009

Keynes et les zombies

Je reviens, si vous le voulez bien, sur l'éclatement de la bulle financière, ou ce qui est mieux connu sous le label, la plus-grande-crise-depuis-1929. Je cherchais un article qui remet en cause l'absolu nécessité des plans massifs d'Etat. Nous entendons souvent de la bouche des politiciens que les plans ne sont assez importants, mais s'est-on interrogé sur la pertinence de ces plans de relance qui endette les états. Je reproduis un article d'Augustin Landier et David Thesmar qui s'interrogent sur les politiques keynésiennes et les travers qu'elles induisent. C'est assez stimulant et pédagogique, isn't it?

Keynes et les zombies, publié dans le journal Les Echos, le 1er avril2009

Face au creusement de la récession, et à l'ampleur des moyens mis en œuvre outre-Atlantique pour relancer l'économie, un consensus semble se former : il faudra un second plan de relance. La logique de ces plans de relance est keynésienne. Lorsque l'État donne du revenu aux agents (entreprises, ménages), ceux-ci le dépensent, ce qui crée en retour davantage d'activité, de revenu et à nouveau de dépense. C'est l'effet multiplicateur : en théorie, chaque euro de dépense publique doit engendrer plusieurs euros d'activité supplémentaire. En pratique, pourtant, les macroéconomistes sont bien loin d'être unanimes sur l'existence du miracle keynésien. Selon certaines estimations basées sur l'histoire passée, chaque euro de dépense publique crée moins de 1 euro de PIB. Il y a donc des pertes en ligne.

La réponse française à cette incertitude est celle de la relance par l'investissement. L'idée est simple. Puisqu'on n'est pas sûr de pouvoir redémarrer la machine en stimulant directement le pouvoir d'achat, il pourrait sembler plus judicieux de soutenir l'investissement. Ainsi, les deniers publics serviraient au moins à accroître la croissance de long terme. La politique économique en France cherche donc à faire d'une pierre deux coups : relancer la demande à court terme en investissant pour l'avenir via la politique de grands travaux (autoroutes), la protection des industries stratégiques (automobile), la subvention de l'investissement (extension des garanties de crédit).

Mais, précisément parce qu'ils sont taillés pour ce double emploi, ces dispositifs risquent de peser durablement sur la capacité de notre pays à retrouver le chemin de la croissMaance. Lors d'une récession, certains secteurs subissent des vagues de faillites et de restructurations. Dans ces cas, la tentation est grande de chercher à protéger les emplois et les entreprises menacés via des subventions à l'investissement, à l'emploi, voire des protections tarifaires. Mais outre que les nécessaires ajustements doivent tôt ou tard se produire, les interventions publiques dans la politique d'investissement détournent les ressources que certaines entreprises pourraient mettre à profit pour se développer, pour les diriger vers des entreprises sans avenir mais à fort poids politique.

La « décennie perdue » de l'économie japonaise nous apporte un exemple frappant des effets pervers de ce type de cécité. A l'aube des années 1990, les banques ont continué à prêter aux entreprises en faillite, car cela leur évitait de reconnaître les créances douteuses dans leurs bilans. Ce faisant, le système bancaire japonais, avec la bénédiction des pouvoirs publics, a entretenu une armée de zombies, qui ont mobilisé capital et travail tout au long des années 1990 dans des secteurs et des entreprises sans perspective. Privées de ressources, les entreprises saines se sont étiolées, perpétuant la stagnation économique pendant près de dix ans. Les morts-vivants ont donc vampirisé les vivants en les privant de ressources. Plus proche de nous, l'expérience des réformes bancaires des années 1980 en France montre que le fait de laisser les banques prêter seulement aux entreprises rentables, plutôt que de multiplier les prêts subventionnés, a été un bon moyen de promouvoir l'emploi et la croissance.

De cette analyse, nous tirons deux leçons pour la France d'aujourd'hui. Premièrement, pour préserver notre capacité à croître dans le moyen terme, il faut laisser le marché opérer les restructurations douloureuses. Il faut cesser de maintenir une industrie déclinante sous perfusion de fonds publics mais au contraire accélérer le transvasement du capital et des hommes de notre économie vers les services : l'obsession industrialiste de nos hommes politiques est à ce titre néfaste. Deuxièmement, quelle que soit en définitive la taille du multiplicateur keynésien, orienter les fonds publics vers les ménages paraît très largement préférable à la relance par l'investissement. En effet, la subvention de l'investissement aboutit toujours à encourager les entreprises peu rentables à investir davantage et à protéger les secteurs déclinants. A l'inverse, la relance par la consommation permettra de limiter la casse sociale liée aux nécessaires restructurations à venir. La relance keynésienne par la consommation n'est sans doute pas le miracle de la multiplication des pains mais elle aura au moins le mérite de nous éviter la nuit des morts-vivants.

Augustin Landier est professeur assistant à l'université de New York (NYU Stern). David Thesmar est professeur associé à HEC et directeur scientifique du BNP Paribas Hedge Fund Center


Qu'en pensez-vous?




mardi 24 février 2009

Trois héros



En 1999, le magazine Time célébrait trois acteurs de premier plan qui auraient sauvé le monde, sans savoir que dix années plus tard ils allaient être au centre de toutes les condamnations. Cruelle ironie.
On leur impute aujourd'hui des décisions cataclysmiques qui ont encouragé la crise financière et économique. Qui sont ces trois dude? A notre droite, nous avons Larry Summers, regard un peu vide, absorbé dans son bleu pâle, double menton et la réputation de dire crûment ce qu'il pense ("Je pense que la logique économique qui veut que des masses de déchets toxiques soient déversées là où les salaires sont les plus faibles est imparable. » ou encore ces propos sur la faiblesse des femmes en mathématiques), rien n'arrête ce brillant économiste qui atteint le poste de secrétaire d'Etat au Trésor, poste qui lui était destiné, lui fils d'un couple d'économistes, neveu d'un ou deux prix nobel de la discipline (Samuelson et Arrow), un héritier qui n'a pas déçu, donc. L'homme a, sous son activité, promulgué l'abrogation du Glass-Steagall Act, loi votée en 1933, qui, tirant les leçons de la Crise, instaurait l'impossibilité de marier une banque de dépôts avec une banque d'investissement. En l'autorisant, pour faciliter à l'époque la naissance de Citigroup, Summers n'imaginait pas que ce diabolique mélange des genres allaient mettre le feu au poudre. Les banques d'investissment tapaient dans les fonds propres de la partie dépôt, pour alimenter leur machinerie financière. C'est ainsi que Northern Rock, respectable banque à papa, a été acculé à la faillite dans la même foulée que Bear Stearns, richissime banque d'investissement, disait adieu au royaume des vivants et de l'argent-roi. Il faut dire que l'argent coulait à flot, avant les scandales qui tétanisent le monde capitaliste, et s'il y en avait à ne plus savoir qu'en faire, on le doit à un homme, un génie déchu, Alan Greenspan. Alan Greenspan, l'iconoclaste, un mélange de Woody Allen et de Panoramix, que tout le monde célébrait, joueur de saxophone et amateur de belles-lettres, il était l'américain intellectuel et pragmatique que le monde enviait à l'Amérique, un Obama avant l'heure en quelque sorte. En tant que directeur de la FED et donc pilote de la politique monétaire de la première puissance du monde et donc du monde, il a maintenu artificiellement les taux d'intérêt à un niveau extrêmement bas pour pousser les agents économiques à la consommation. Devant un tel afflux de liquidités, les financiers ont inventé des instruments financiers (l'économiste Bouzou invoque Schumpeter pour parler des conséquences néfastes de l'innovation dans l'ingénierie financière) et mis au point le fameux "effet de levier" qui allait disséminer le risque en s'enrichissant par la dette. L'effet de levier faisait des miracles, des fusions-acquisitions gargantuesques, une croissance qui semblait infinie, le temps était au beau fixe, avant que la dette ne servit plus qu'à financer, faute de débouchés, des canaux insolvables. On aboutit pour l'heure à des bilans calamiteux et la crise du crédit. Enfin, à notre gauche, Robert E. Rubin, des faux airs d'Attali grisonnant, est voué aux gémonies, (nommé parmi les 10 personnalités les moins éthiques du business par Marketwatch), une sorte d'Hiltler de la finance, parce qu'il participe activement en tant que consultant grassement rémunéré à la déconfiture de Citigroup, importante banque américaine.
Mesdames, Messieurs, les héros d'hier sont les bouc-émissaires d'aujourd'hui.

mardi 14 octobre 2008

Un ogre


Le mot qui désigne la joie mauvaise, les transes apocalyptiques des amis du désastre est Schadenfreude. Je l'ignorais. Des articles paraissent pour annoncer "la fin du capitalisme" qui a rendu nos sociétés si prospères. Il est souvent dit que la crise actuelle est comparable en déflagration à la grande dépression de 1929, il est souvent dit aussi que les régimes totalitaires qui dévastèrent le monde sont une des conséquences de cette terrible crise. Je ne pensais pas conforter l'intuition que j'ai rédigé dans un ogre. Ce qui va remplacer l'ordre spontané, c'est la mainmise de l'Etat, du controle et de la bureaucratie, du moins temporairement. Ce qui donne quelque crédibilité à l'Unimonde bureaucratique imaginé par M.G.Dantec. Par ailleurs, on comprend pourquoi le Président Sarkozy, héritier de la tradition bonapartiste, se frotte les mains, cependant tout le monde se tape sur le bedon au retour de l'État.