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samedi 29 janvier 2011

Les voiturettes du peuple

Ingénieur, François FEYENS était l'un des spécialistes les plus avertis en Belgique en matière d'alimentation des moteurs au gasoil, mazout, fuel-oil et apparentés. Il possédait un atelier remarquablement outillé. Au début des années trente, François FEYENS était agent pour les moteurs français PEUGEOT-CLM construits sous licence allemande JUNKERS-DIESEL.

Entre 1936 et 1939, il construit quelques petits véhicules à moteur diesel monocylindrique de 565 cc développant 15 cv (puissance spécifique obtenue entre 3000 et 3200 t./min. ce qui pour l'époque était un régime relativement élevé pour un moteur à gasoil monocylindrique), une mécanique qui permettait une vitesse maximum de 60 km/h consommait 4 litres d'huile lourde aux 100 km et était conçue plutôt pour un usage industriel que touristique.

Cette curieuse petite voiture comportait un châssis composé de deux longerons principaux en tube d'acier de section ovale, d'un croisillon central et d'entretoises tubulaires, Le châssis avec ses attaches de ressorts et les supports de caisse ne pesait que 45 kg, donnant au véhicule un poids en ordre de marche de 300 kg et une charge totale de 600 kg. D'une longueur de 2 m 45 avec 1 m 50 de voie, cette construction laissait un espace disponible pour la carrosserie en porte à faux de 1 m 60.
Les événements de la Seconde Guerre mondiale allaient mettre fin prématurément au développement de cet intéressant véhicule.

source

Le marché automobile est exemplaire de la vision Schumpéterienne du capitalisme.

jeudi 31 juillet 2008

un cas concret de politique industrielle : le choix de la fibre optique

Extrait de mon journal économique de comptoir du jour:

Dans une tribune du « New York Times », subtilement intitulée « French Connection », l'économiste Paul Krugman faisait récemment l'éloge du « modèle français » de l'Internet haut débit : un équilibre délicat entre compétition et régulation qui a produit des résultats spectaculaires en termes de prix et de débit (trois fois plus élevé qu'aux Etats-Unis). Et Paul Krugman de rappeler que la France était, à l'inverse, très à la traîne des Etats-Unis au début des années 2000 (pénétration américaine quatre fois supérieure alors).

Cet équilibre est pourtant menacé sous l'effet d'une concentration exacerbée : disparition de Cegetel, AOL, Club-Internet, certains n'hésitant pas à ajouter Alice et Free à la liste, par anticipation. Le « modèle » finirait ainsi en une compétition sans compétiteurs... Triste issue pour les consommateurs (diversité d'offre réduite, prix plus élevés...) et pour la collectivité (frein à l'innovation et à la création de richesses associée). Or cette concentration intervient au moment où se profile une nouvelle frontière, celle du « très haut débit », qui implique le déploiement de réseaux en fibre optique, avec des investissements chiffrés non plus en centaines de millions, mais en milliards. La logique de concentration en sera mécaniquement exacerbée.

Certains Etats avancent malgré tout. Les pays scandinaves, les Pays-Bas ou l'Italie ont des déploiements du très haut débit plus avancés que la France. Mais, surtout, une « Asian Connection » est en train de se constituer : en Corée du Sud, à Hong Kong ou au Japon, les internautes sont connectés en masse via la fibre optique, dont l'usage se banalise totalement. C'est notamment le cas de plus de 10 millions de Japonais, soit bientôt plus que le nombre d'usagers d'une ligne DSL dans ce pays. L'histoire bégaie : les Asiatiques ont également de l'avance dans la téléphonie mobile de troisième génération, alors que les Européens avaient été pionniers de la génération technologique précédente (avec le GSM).

Pour réinventer le modèle français et éviter la menace d'une compétition sans compétiteurs, la création d'un réseau de la fibre de France est une piste. Une telle entité pourrait opérer sous statut de délégation de service public, sous contrôle du régulateur, et être ouverte à l'ensemble des investisseurs potentiels, privés et publics. On retrouve l'idée des « autoroutes de l'information », sauf qu'au lieu d'en faire l'apanage d'un acteur, il s'agirait de mettre en commun les moyens du secteur. Les avantages sont évidents : maximiser le déploiement en évitant le gaspillage des ressources et éviter une hyperconcentration par la sortie du marché des acteurs qui animent la concurrence en prix et en innovation. Autrement dit, cela permettrait de sortir de l'impasse actuelle qui interdit d'avoir à la fois, pour l'avenir, le bon réseau et des acteurs économiques aptes à y proposer des services.

PATRICE GEOFFRON, professeur à l'université Paris-Dauphine (Les Echos du 31 juillet)