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samedi 16 octobre 2010
mercredi 13 octobre 2010
Barbey d'Aurevilly par Kléber Haedens
Toujours sur le front de la Normandie, avec Barbey, je m'accorde le temps de consulter mon Haedens "Une histoire de la littérature française"(p.372).
Jules Barbey d'Aurevilly (1808 1889) est un homme d'un autre âge et il ne faut pas chercher ailleurs les raisons de son insuccès. Barbey a traversé son époque en protestant avec hauteur contre tout, contre les fausses réputations, contre les médiocres, extraordinairement vêtu, capable de vider un verre d'eau de vie sans sourciller, aussi légendaire que d'Artagnan, catholique et royaliste incorruptible, ayant beaucoup lu dans sa province normande, lançant des mots frappants et terribles, prodiguant sa verve et ses images et tournant dédaigneusement le dos à la foule.
Une vieille maîtresse, L'Ensorcelée, Un prêtre marié, Le Chevalier Des Touches, Une histoire sans nom, romans déséquilibrés, pleins d'histoires effrayantes, de mouvement, de satire véhémente, livres inégaux, rocailleux, soudain pathétiques, doivent une grande part de leur puissance à l'atmosphère de la campagne normande qu'ils évoquent avec passion. Le chef d'oeuvre de Barbey, Les Diaboliques, recueille des nouvelles admirables et tourmentées dont certaines coupent le souffle et rappellent le meilleur Balzac. Barbey avait la haine des naturalistes, de leur minutie, et il se laissait emporter par son imagination, son langage abondant et plein de sève. Mais le plus étonnant exemple de ses partis pris se trouve dans sa critique littéraire. Barbey s’y montre toujours prêt à se lancer tête baissée dans ses injustices épiques, et l’on n’en finirait pas de relever ses erreurs et es incompréhensions têtues, éclatant d’une noble fureur. Mais Barbey, lorsqu’il tombe juste, peut aller aussi loin que le plus pénétrant des critiques et laisser tomber négligemment des images magnifiques qui définissent un homme pour l’éternité.
lundi 11 octobre 2010
Le ventre
Il n'y a aucune raison de lire L'Ensorcelée de Jules Barbey d'Aurevilly (1852). C'est un livre d'aucune actualité, qui ne s'accroche à aucune des branches du monde moderne. Un goût affirmé pour la littérature et ses plaisirs vous épargnera de passer à côté de ce chef d'oeuvre.
Un jour, cherchant un peu de documentation sur Diderot, j'ai eu la chance de trouver un texte critique d'une mauvaise foi d'enragé de Barbey sur l'auteur de Jacques le fataliste. J'ai aimé le style comminatoire et affolé de cet ami de Léon Bloy. De surcroît, je pensais benoîtement que Les diaboliques, film de Clouzot, était inspiré d'une des nouvelles de Barbey d'Aurevilly. Je m'imposais donc la lecture d'un classique qu'un professeur de français mien, je me souviens, nous avait conseillé l'été de notre classe de seconde. Ce livre est profondément ancré dans son territoire, un chef d'oeuvre d'une portée universelle réduit dans quelques kilomètres carrées d'une terre désolée, la lande de Lessay, ou comme l'expliquait son auteur sur sa tentative, "faire du Shakespeare dans un fossé du Cotentin". En outre, ce roman du terroir, du folklore sulfureux des mœurs déchus, penche vers les aventures des perdants de l'Histoire, ajoutant aux intrigues leur part d'étrangeté et de mélancolie d'un monde vibrant sur le point de mourir et de ressusciter. Enfin, il est amusant de lire les complaintes de l'auteur se plaindre du monde moderne (le sien), ce qui pour nous lointain lecteur ne peut que nous faire dire que "décidément c'était mieux avant Avant" ou que "même notre n’est pas à la hauteur de leur après Avant".
Je propose de reproduire ici quelques citations dont le souci coïncide avec le goût de ce weblog. Comme l’indique le titre, nous avons trouvé une remarquable description d’un Ventre, ancêtre de tous les ventres, qu’ils soient Ventre Un, ventre Deux, fils du Ventre, etc…
"Il avait été fort célèbre dans le Cotentin, pays de grands mangeurs et de buveurs intrépides, et il était devenu, sur la fin de sa vie, d'un embonpoint si considérable qu'il avait été obligé de faire une entaille circulaire à sa table pour y loger la rotonde capacité de son ventre. Le curé de Blanchelande l'avait connu pendant l'émigration, à Jersey, où il étonnait et émerveillait les Anglais par les prodiges de son estomac, toujours prêt à tout, et le bon abbé Caillemer en avait conservé une telle mémoire qu'il n'achevait jamais un repas plantureux et gai sans parler du prieur de Regneville. On pouvait même apprécier le degré d'excitation cérébrale du curé par le nombre d'anecdotes qu'il racontait sur le prieur". p.129